23 octobre 2006
Madame Ragot-Potin vous parle du "cas birman"
Comme je l'ai mentionné à plusieurs reprises, je nage actuellement au sein du brassage inter-culturel qui se fait dans le shaker de l'université et de la cité U. Ce mélange étant très hétérogène, il a tendance à ramener à la surface les disparités. Je m'avance sur ce terrain quelque peu glissant parce qu'il y a une différence qui me semble de plus en plus flagrante ces derniers temps: la forte inégalité entre les Birmans et les autres étrangers. Pour établir ce constat, je me base en partie sur les ragots et les potins mais comme le sujet a l'air un peu tabou, il est assez difficile d'en parler ouvertement, ce qui explique que je prenne mes informations où je peux. Cela étant dit, certains de ces on-dit paraissent malheureusement être confirmés par les faits.
Donc,
en se basant sur les rumeurs, on peut dire que le sort de Birmans ici
est assez peu enviable. Pour vous donner une idée de l'ampleur de la
chose, je vous propose de lire les 13 commandements du Birman expatrié
à Moscou.
1. Si tu fais partie des meilleurs étudiants de ton
pays, quelqu'un décidera pour toi que tu dois partir de chez toi pour
aller continuer tes études dans un autre pays (la Russie en
l'occurrence) que tu n'auras pas choisi.
2. Tu
iras apprendre à construire des lanceurs de fusées (ayant des
ressemblances troublantes avec les lanceurs de missiles) dans une
université moscovite.
3. Tu n'auras pas le droit de rentrer dans ton pays pendant les 6 ans que durera ta scolarité.
4. Tu n'auras pas le droit de sortir de Russie pendant ces 6 ans.
5. Tu n'auras pas le droit de sortir de Moscou pendant ces 6 ans.
6. Tu n'auras pas le droit de communiquer avec les Russes ou toute autre personne non Birmane.
7. Tu seras surveillé pour vérifier que tu ne tisses aucun lien avec des non-Birmans.
8. Tu vivras dans 11 m² ou moins pendant 6 ans.
9. L'université qui t'accueillera te fera suivre des cours de langue russe où tu ne côtoieras que des Birmans.
10.
L'université qui t'accueillera veillera à t'assigner systématiquement
les plus mauvaises enseignantes de langue russe pour que tu ne
progresses pas trop vite.
11. Tu suivras des
"cours de missiles" dans un groupe de Birmans, ce qui permettra à
l'université d'omettre certains étapes déterminantes du processus de
fabrication.
12. Tu subiras les comportements racistes de ton pays d'accueil.
13. Tu accepteras les 12 commandements précédents sans te plaindre et sans réagir.
...
Et
le pire, c'est qu'ils restent sympathiques et qu'ils gardent le sourire
et une apparente joie de vivre malgré tout ça. Je ne sais pas si je
dois les admirer pour leur courage, me dire que j'ai de la chance
d'être Française ou penser que le monde peut être pourri.
NB: les
commandements dont le chiffre est en gras sont ceux qui sont facilement
vérifiables et qui ont donc été confirmés par les faits.
20 octobre 2006
Accent-verroterie
Vous avez tous déjà dû entendre dans
les films l'accent ou plutôt, le pseudo-accent des Russes parlant français: le truc caricatural du
Russe qui roule les 'r' à outrance, etc.
Il y a quelque chose qui me chiffonne: les Russes qui parlent français n'ont pas du tout
cet accent. Ils ne roulent pas les 'r' et leur accent est même assez
discret et ce, même quand le seul mot qu'ils connaissent de la langue
française est "bonjour". En fait, les sonorités problématiques ne sont
pas les 'r' mais les sons comme 'in', 'en', 'u' ou 'eu' qui n'existent
pas en russe.
Alors les questions existentielles que je me
pose, c'est d'où peut bien sortir cet accent foireux puisqu'aucun Russe
parlant français n'a un accent qui s'en rapproche de près ou de loin ?
Et dans le doublage des films, quelle est la nationalité de la personne
chargée de parler soit disant "comme un Russe" ? Est-ce qu'il n'y a qu'en
France qu'on croit que les Russes qui parlent notre langue la
prononcent ainsi ou c'est un cliché plus généralisé ?
Si quelqu'un a une réponse à mes interrogations, il est le bienvenu.
Et
aussi, maintenant que vous savez ça, je vous en supplie, préservez mon
purisme et arrêtez d'utiliser cet accent de pacotille qui n'a aucun
fondement linguistique.
Cela étant dit, voici une preuve de plus que le cinéma peut aussi un moyen de faire gober des conneries au grand public. Et, heu, on ne dirait pas comme ça, mais j'aime beaucoup le cinéma.
05 octobre 2006
Pr Cayou vous présente le rouble
Bonjour les enfants !
Aujourd'hui, Pr Cayou va vous parler du rouble.
Première chose: notez bien que c'est "le" rouble et non pas "la"
rouble comme les profanes le disent souvent.
Pour vous prouver mes dires, je vais me lancer dans une courte mais efficace démonstration linguistique (que les pressés ou ceux qui n'ont pas le goût des explications tortueuses peuvent sauter pour nous rejoindre au paragraphe suivant).
Le
rouble fait partie des mots russes qui finissent par un signe mou au
nominatif singulier et dont on ne peut donc pas
déterminer le genre au premier coup d'oeil. Première solution pour le
savoir, aller chercher dans le dictionnaire pour lire aisément si ledit
mot est masculin ou féminin (il ne peut pas être neutre mais ça, c'est
une autre histoire). Dans le cas présent, les Larousse franco-russe et
franco-français confirment que notre petit rouble est un garçon. Oui mais
si le dictionnaire se trompait ? Eh bien, rien de plus simple, il
suffit de prendre une pièce de deux roubles et d'observer que le mot
rouble y est bien décliné au génitif singulier masculin (oui, j'ai bien dit singulier mais ça aussi, c'est une autre histoire).
Et maintenant, un tout petit peu d'histoire (là, ceux qui s'en tapent le fondement sur l'humus ou qui sont aux pièces peuvent nous rejoindre au paragraphe suivant).
Le rouble est l'unité monétaire qui a été utilisée dans l'Empire Russe, puis dans l'URSS. Aujourd'hui, il reste bien sûr la monnaie de la Fédération de Russie mais il existe toujours le rouble biélorusse qui a cours en Biélorussie (vous vous en doutiez, je parie, bravo, vous aurez un bon point). Le rouble serait apparu aux alentours du 13ème siècle (le franc est né un siècle plus tard) dans la ville de Novgorod qui était à l'époque la Principauté où toutes les décisions importantes étaient prises. Les billets et pièces ont subi de nombreuses modifications au cours des siècles et leur forme actuelle date de 1998, année de la réévaluation du rouble (1000 anciens roubles devenant 1 nouveau rouble, même principe que le passage des anciens francs aux nouveaux francs).
Le rouble est divisé en 100 kopecks et 1 rouble vaut autour de 3 centimes d'euros (ou 1 euro vaut 34 roubles). Les pièces et les billets sont des multiples de 5 ou de 10 à l'exception de la pièce de 2 roubles.
L'expression "ça ne vaut pas un kopeck" est donc bien vérifiée puisqu'un kopeck vaut 1/3400ème d'euro, c'est-à-dire pas grand chose (environ 3% d'un centime d'euro...).
En exclusivité, voici des illustrations de cette mystérieuse monnaie:
Vous avez bien suivi ? Oui ? Bon, alors, que je n'en prenne plus un à dire -la- rouble !
Vous m'apprenez le cours par coeur pour demain et maintenant vous pouvez aller en récréation. :)
31 août 2006
Nationalité et citoyenneté
Les russes font une différence entre la nationalité et la citoyenneté. La nuance
n'est pas forcément évidente à saisir pour les français vu qu'en France, on ne
fait pour ainsi dire aucune distinction entre ces deux notions.
En Russie, on sépare l'origine d'une personne et le pays dans lequel elle est enregistrée
(l'endroit où la personne vit, où elle a un passeport, une carte d'identité). Le plus
simple pour expliquer la nuance est de prendre des exemples fictifs.
Premier exemple
Un enfant naît d'un père espagnol et d'une mère anglaise. Tous trois vivent en Russie. L'enfant aura le choix entre la nationalité espagnole et la nationalité anglaise. Si son passeport et/ou sa carte d'identité sont établis en Russie, il aura obligatoirement la citoyenneté russe.
Deuxième exemple
Une personne de nationalité et de citoyenneté russe vient en France et obtient un passeport français. Elle gardera à vie la nationalité russe bien qu'en obtenant un passeport français, elle ait eu la citoyenneté française.
08 août 2006
J'ai testé pour vous: l'Ambassade de Russie à Paris
Je suis arrivée devant le bâtiment imposant, et accessoirement hideux, de l'Ambassade un mardi matin pluvieux à
8h45.
Devant le bâtiment en question, les annonces en russe auxquelles je ne comprenais rien, le temps pourri, le manque cruel de
sommeil (merci Chloé le chien qui me lèche les pieds toute la nuit :-( ) et la file d'attente d'une dizaine de
personnes, je me suis quand même demandé ce que je faisais là (PS:
je n'ai eu que deux fois cette impression de m'être embarquée dans une galère sans nom. Cette fois-là
à l'Ambassade et quand je suis arrivée à l'aéroport
de Moscou).
A 9h tapantes, le personnel de sécurité patibulaire a ouvert les deux grilles qui séparent les passants de la
porte d'entrée de l'Ambassade. Nous avons commencé à patienter pour rentrer, ce qui prend un certain temps
parce que les agents de sécurité vérifient que les téléphones portables sont éteints et ils
contrôlent le contenu des sacs.
J'ai d'ailleurs eu un petit problème à l'entrée parce que j'avais apporté ma trousse contenant des ciseaux pour couper mes photos d'identité; or les ciseaux sont interdits d'entrée. J'ai expliqué pourquoi je les avais et on m'a finalement laissé passer le tourniquet d'entrée (oui, depuis le trottoir, j'ai franchi 2 grilles, une porte, un portique de sécurité et un tourniquet...). Donc, vers 9h20, j'étais enfin dans la place.
J'ai attendu une première fois au guichet n°5 pour présenter mon dossier et pour qu'on vérifie qu'il était complet, rempli correctement et que les pièces justificatives étaient valables.
Une fois que ça a été fait, je suis allée attendre mon tour au guichet n°7 (ou n°6, je ne me souviens plus très bien des numéros de guichet) pour donner le dossier et pour qu'on me dise combien je devais payer.
Je suis ensuite allée patienter une troisième fois au guichet n°8 (ou n°7 ou 9) pour payer et pour qu'on me remette un petit papier vert qui est à présenter au guichet suivant pour retirer le passeport et le visa.
Pour finir, j'ai pris mon tour dans une file d'attente une quatrième et dernière fois au guichet n°9 (ou n°10) pour retirer mon passeport et mon visa. C'est la file d'attente qui a duré le plus longtemps parce qu'il n'y a eu personne derrière la vitre pendant une demi-heure et quand on demandait quand la personne allait revenir, on nous répondait juste "patientez" ou "attendez"...
Voilà, de fil en aiguille et de queue en queue (;-)), je suis sortie à midi de l'Ambassade avec mon passeport et mon visa en mains, plutôt soulagée d'échapper à l'ambiance pesante et étrange qui règne là-bas.





















