01 juin 2007
Quoi de neuf ?
J'aime autant vous prévenir: j'ai la flemme d'écrire une "vraie" note (vous savez, mes trucs habituels: 3 kilomètres de long avec des mots trouvés au fin fond du dictionnaire). Et accessoirement, d'autres activités plus prioritaires occupent actuellement mon temps. Ceci pour dire que ce sera court et sans mot bizarre, juste histoire de donner quelques nouvelles en vrac.
La fin officielle des cours est arrivée aujourd'hui, laissant place aux sessions de bachotage d'examens.
Comme au semestre dernier, j'ai 7 examens, tous oraux, mais leur "oralité" n'est pas la partie la plus pénible puisque généralement, je baragouine suffisamment pour me tirer d'affaire. Non, le problème, il s'appelle "napravlenie".
Ce mot désigne un petit papier qu'on doit remplir en 3 exemplaires pour chaque matière et il sert en premier lieu à rappeler l'horreur de l'administration soviétique et à emmerder les étudiants étrangers à formaliser notre droit de nous présenter à l'examen. En second lieu, il permet de transmettre notre note au département. Là où ça devient vraiment drôle, c'est que chacun de ces petits papiers sataniques doit être signé par 3 personnes différentes.
C'est-à-dire qu'avec 7 examens, j'avais 21 napravlenie à me coltiner, plus 6 qui trainaient depuis le semestre dernier, soit 27 napravlenie. Je m'amuse donc en ce moment à récolter les 27*3 signatures qu'il me faut. Je vois le bout du tunnel puisque sur ces 81 signatures nécessaires, j'en ai déjà recueilli 69 en passant deux semaines à courir aux quatre coins de l'université.
Du fait de la fin des cours et de celle annoncée des examens, les personnes avec lesquelles j'ai passé l'année commencent à regagner leur bercail et c'est un peu bizarre de se dire qu'on ne les reverra peut-être jamais... Mais c'est la vie à ce qu'on dit. ;)
La vie quotidienne va bien en dehors du fait que ces derniers jours, la température n'est pas descendue en dessous de 30° avec un pic aujourd'hui à 37°.
Et l'eau chaude est coupée dans tout le quartier pour 3 semaines (dans le cadre de mesures prophylactiques, je cite. Cette coupure semblant tout à fait normale pour les Russes puisqu'elle s'effectue tous les ans).
J'ai oublié de dire que les ascenseurs de la cité U sont arrêtés aussi (à cause des hautes températures, je cite).
Alors la vie quotidienne en ce moment, c'est un peu comme la fête du slip: pas terrible. Parce quand j'ai fini de monter mes 13 étages avec mes bidons d'eau, j'ai le droit de prendre une douche glacée (et l'eau froide sort vraiment froide. Vous savez, un peu comme dans les torrents de montagne: si vous trempez vos pieds deux minutes dans l'eau, ça fait mal. Ben là, c'est pareil.).
Le bon côté des choses, c'est que ce week-end, je vais prendre une douche chaude voir les nuits blanches à St Petersbourg. Et puis la semaine prochaine, je pars avec deux autres Français faire un tour en Transsibérien pour environ 15 jours. Comme on ira jusqu'au Lac Baïkal, je pourrai prendre un bain froid dans son eau à 15° admirer toute la splendeur de l'endroit.
Donc en vérité, même si je râle à cause d'histoires de douche et d'ascenseurs, la vie est plutôt belle pour moi. Sur ce, bons baisers transpirants de Russie et à biental !
24 mai 2007
Datcha, bania et popotin
Aujourd'hui, ma prof de russe avait invité tous ses élèves (à savoir 6 Français, un Slovène et un Tchèque) à la datcha d'une de ses amies. Cette journée a été des plus agréable (en dehors du fait que le soleil radieux ait donné à mon teint de fromage blanc javellisé une délicate couleur vanille-fraise très seyante).
En premier lieu, j'ai assisté à une démonstration de mazurka assez cocasse qui fut admirablement menée par notre camarade tchèque (le père de cette étrange idée) et par ma voisine française, entraînée dans la danse contre son gré pendant que certains meumeumaient un air censé être une mazurka pour pallier l'absence de musique.
Après d'autres évènements complètement hors du commun que, dans ma grande mansuétude, je vais vous épargner, j'ai bu un petit coup de vodka avec ma prof de russe. Ayant probablement un petit coup dans le nez, cette dernière a insisté pour que nous (elle-même, deux autres Françaises et moi) alliions faire un petit tour dans la bania de la datcha. N'ayant encore jamais tenté la chose, je me suis dit que malgré les 28° extérieurs, ça pouvait être sympa de rester un moment dans l'étuve à 90°.
Et effectivement, ça l'était. On se sent très relaxé après et l'ambiance à l'intérieur est géniale.
Sauf que c'était un peu bizarre de me retrouver complètement à moitié à poil en face de ma prof. D'autant plus qu'elle a insisté pour me faire un massage avec l'une de ces espèces de brosses de massage à gros picots ronds.
A la base, elle voulait juste s'occuper de mon dos et ça s'est révélé très agréable bien qu'un peu trop énergique.
Mais, pleine de zèle, ma prof a décidé de me masser aussi les fesses en arguant que toute "femme de Renoir" que j'étais (cette définition est d'elle), ça ne ferait pas de mal à ma cellulite.
Elle a fini la petite séance de massage avec une brosse cloutée passée avec la même énergie que la brosse précédente. Et là, c'était franchement douloureux donc je lui ai subtilement demandé d'y aller un peu plus doucement en lui disant que j'avais encore besoin de ma peau.
Finalement, grisée par l'ambiance franchement bonne franquette et sans complexe des banias, j'ai rendu la pareille à ma chère enseignante en lui malaxant le dos et le postérieur pendant qu'elle soupirait de bonheur en m'affirmant que c'était parfait.
Voilà, je crois pouvoir dire que j'ai fait un grand pas en avant vers ma condition d'adulte et vers l'accomplissement mon moi intérieur.
Je suis restée une heure dans une bania et j'ai massé les fesses de ma prof de russe. Je suis très fière de moi. :)
Photo ci-dessus: intérieur de la bania.
09 avril 2007
Erratum printanier
D'après le proverbe "en avril, ne te découvre pas d'un fil", le printemps peut être traître.
Je confirme.
Pour preuve, une petite photo prise hier de ma fenêtre.
04 avril 2007
Un salmigondis nommé "bons baisers de Russie" - opus 2 de la partie 2
Noël et le Nouvel An
Pour inaugurer en beauté (ou pas) le retour à mon rythme de croisière, je m'en vais vous parler d'un sujet légèrement poussiéreux puisque je vous ai bricolé un petit récit à propos de ma fin d'année à Moscou (contrairement à la plupart de mes compatriotes vivant dans la résidence, je ne suis pas rentrée au pays pour célébrer les fêtes en famille) parce que je suis soucieuse de combler le coeur des deux du million d'internautes qui m'avaient demandé comment j'avais vécu les fêtes à Moscou. Bon, voilà déjà un petit moment que les guirlandes de Noël sont rangées en haut d'une armoire et la Nouvelle Année est déjà fortement entamée donc je vous avouerai que mes souvenirs en la matière ne sont plus très clairs. Je n'entrerai pas dans le détail de mes occupations festives qui n'avaient de toutes façons pas grand intérêt.
Du point de vue général, les célébrations n'ont rien de fondamentalement différent par rapport ce qu'on connaît en France, les fêtes sont ici comme n'importe où, on mange et on boit avec famille ou amis. Rassurez-vous, je ne vais pas bâcler ma besogne descriptive et vous dire que tout est identique aux festivités hexagonales. Je suis donc allée chercher dans les détails ce qui pouvait différencier le Noël russe du Noël français (par contre, à propos du Nouvel An... je crois que le paragraphe ne sera pas très consistant vu que tout était sensiblement identique).
Tout d'abord, si on fête bien Noël en Russie, on ne célèbre pas le Noël catholique (25 décembre) mais le Noël orthodoxe (7 janvier). Les 24 et 25 décembre sont donc des jours ordinaires pour à peu près tous les Russes et quand les Français devaient être en train de déballer les cadeaux sous le sapin (ou de se crêper le chignon en famille, au choix), les Russes se levaient en masse pour aller travailler comme d'habitude. Simple différence de culture et de religion.
Par contre, bien qu'il n'y ait pas eu de réveillon massifs le soir du 24 décembre, des sapins de Noël étaient érigés un peu partout dans Moscou depuis début décembre et on pouvait voir sous forme de statues, déguisement ou images le Pépé Gel (variante russe du Père Noël), tout de blanc vêtu ou simplement en rouge et blanc, comme le gros bonhomme barbu qu'on connaît en France.
Si à Noël, les Russes travaillent et les étudiants potassent leurs examens, du 31 décembre au 8 janvier, il est rare de dénicher un organisme russe irrigué par un sang au taux d'alcoolémie nul et c'est la bacchanale dans la plupart des chaumières. Les étudiants russes m'ont dit que pendant cette semaine, le point intéressant est qu'on ne dessaoule pas et que la rentrée se fait tout doucement pour pouvoir récupérer de cette cuite massive le reste du mois de janvier. Je confirme par mes observations que c'est assez vrai (par contre, je n'ai pas testé).
A ce sujet, il y a une petite plaisanterie issue de la sagesse populaire birmane qui convient bien pour décrire les occupations des Russes au mois de janvier. Les Birmans disent que pour soigner une gueule de bois, le meilleur remède est de se reprendre une biture. C'est pourquoi ils ont l'habitude de dire qu'ils ne boivent qu'un jour par mois et que le reste du temps, ils soignent simplement leur gueule de bois. Les Russes ont la même logique.
Ne vous inquiétez pas pour mon foie, je ne supporte pas bien l'alcool (qui fait s'accroître de façon dramatique ma consommation de paracétamol, de lopéramide et métopimazine donc j'évite absolument la beuverie) donc je me suis montrée très raisonnable. Et je fais fi de ces manants qui ne me croieront pas. Bon, je n'ai pas passé Noël avec des Russes donc il n'y a pas vraiment d'intérêt que je développe. Tout ce qu'il y a à savoir, c'est que je n'étais pas seule, que mes réveillons (24 et 25) ont été très cosmopolites, que j'ai bien mangé, que j'ai un peu bu mais surtout que je me suis bien amusée. Et il neigeait le soir de Noël. C'est tout.
Passons maintenant au Nouvel An. Là encore, je n'étais pas avec des Russes et je vais vous épargner le détail de ce que j'ai fait. Comme pour Noël, je n'étais pas seule, j'ai bien mangé, un peu bu et me suis bien amusée. J'ai aussi pu contempler d'un treizième étage Moscou explosant sous une multitude de feux d'artifices, officiels ou artisanaux (les Moscovites aiment beaucoup lancer des feux d'artifices maison) et l'ensemble m'a fait penser à la scène finale de Fight Club (celle qui est agrémentée de "Where is my mind", pour ceux qui connaissent. Et pour ceux qui ne connaissent pas, ça n'était pas fondamental).
Pour ce que j'en ai vu, les Russes ont fêté en fanfare l'entrée dans l'année du cochon (ils ont l'air à fond sur l'astrologie chinoise, j'ignore pourquoi) en se souhaitant que le précepte "l'année du cochon, tout est bon" soit vérifié. Des petits cochons ont donc fleuri un peu partout sous forme de figurines de résine, de peluches, de boules à neige, de calendrier, etc. Le tout étant du meilleur goût. J'aurais bien aimé que les astrologues chinois soient un peu plus inventifs et qu'ils instaurent une année de la moule, de l'ornithorynque, du poulpe, de la morue, de l'asticot ou du morpion, j'aurais trouvé ça plus rigolo.
Ah oui, j'y pense, je vous adresse avec un peu de retard tous mes bons voeux pour l'année 2007. Et pendant que j'y suis, bon poison d'avril, joyeuses fêtes des cloches et des neuneus en chocolat, bonne fête des cousins au deuxième degré de la tante par alliance du côté de votre grand-mère et bonne Saint Lamantin. Tous mes bons voeux aussi pour les autres fêtes marketo-commerciales qui suintent l'hypocrisie et le fric par tous leurs pores pour que le mouton moyen en oigne son conformisme et son organe de réflexion constipé. Ceci peut paraître un peu cynique mais j'avoue que je trouve fondamentalement débile d'avoir besoin d'occasions pour se dire qu'on s'aime, pour penser à sa famille ou pour être aimable avec son entourage... Et par dessus le marché, le commerce, par d'habiles manoeuvres, s'est arrangé pour que la bienséance, comme de par hasard, hein, bien entendu, soit d'acheter quelque chose à chacune de ces "occasions".
Ce coup de sang clôt cette notulette au style aussi travaillé que celui d'un enfant de 6 ans. J'essaierai de faire mieux la prochaine fois. :)
Pour la suite de mes aventures extraordinaires, j'ai un nombre certain de projets en retard parmi lesquels mon demi-nycthémère en Souzdalie, ma visite dans un hôpital russe, mon voyage à Saint Petersbourg, la vie dans les transports en commun moscovites, ma rencontre avec une momie, l'obtention au forceps de ma carte de métro, mon fumage de trucs bizarres (que du légal, hein), le déroulement de mes examens, un petit bilan de mon séjour ici, un florilège des mots clés étranges qui amènent sur mon blog, pourquoi je crois que quelqu'un essaie de me jeter un sort à l'aide de magie noire ou d'une pratique vaudoue, pourquoi je hais les joueurs de ping-pong, pourquoi une cuillère et un micro-ondes ne font pas bon ménage, comment une flûte peut donner un plaisir incommensurable, comment je me suis couverte de ridicule à cause d'une clé, pourquoi je peux dire que je suis une star, pourquoi deux Belges m'ont maudite, ce que raconte ma prof de russe pendant les cours, pourquoi je vais haïr la mazurka, pourquoi les ados me font peur et puis un certain nombre de photos pour accompagner le tout. Maintenant que je vous ai mis l'eau à la bouche, enfin, j'espère, je m'en retourne à mes nobles occupations et vous dis à bientôt !
Intermezzo : un p'tit air de printemps printanièrement printanier
Le froid de février a laissé place au printemps russe arrivé à pas feutrés le 1er mars (officiellement. Officieusement, l'odeur suave et si particulière du printemps ne s'est faite sentir que le 20 mars. Et oui, le printemps à une odeur.) et Moscou, telle une grande dame frileuse qui se réchauffe doucement après une longue marche hivernale, s'est dévêtue progressivement de son manteau blanc pour que ruisselle dans ses artères de goudron un jus boueux charriant l'accumulation des ordures hivernales. Ça et là, des monticules noirs constellés de déchets qui furent des tas de neige achèvent leur fonte. Les médaillons de graminées viennent parer de verdure la ville qui paraît moins grise, une fois son visage un peu terne réhaussé par ces émeraudes d'herbe reverdie.
Les chiens errants font dorer leur maigreur sous les rayons du soleil printanier, les mésanges zinzinulent et les corneilles sont revenues festoyer dans les ordures. Les canards colverts (ou Colbert, comme je l'ai cru pendant longtemps) ont quitté la Iaouza pour regagner les étangs du parc Lefort, enfin défaits de leur pellicule de glace. Sur le stade du parc susnommé, on peut voir les élèves de l'académie militaire voisine s'acquitter de travaux d'intérêt général comme le nettoyage de la boucle de course et de ses environs ou encore s'adonner aux joies de l'activité sportive en courant torse nu sur l'anneau encore boueux pendant que de petites grues les zieutent en gloussant, bien emmitouflées dans des manteaux qu'on supporte aisément quand il ne fait que 5 ou 6°. Personnellement, je ne peux pas regarder ces pauvres bougres à peine débarrassés de leur acné juvénile sans que ça me fasse mal au coeur et que mon mépris pour les institutions militaires s'enflamme. Mais vous vous contrebranlez probablement de mon avis, enfin, qu'importe. Soupir. Pour continuer à vous peindre mon tableau printanier et revenir à des notes un peu plus gaies, je peux vous indiquer que les enfants ont rangé les rectangles de linoleüm qui leur servaient de luges, les ados ont remisé leurs surfs et les adultes ont abandonné leurs skis de fond. Les petits bouts de chou ne portent plus les combinaisons dont les parents vêtaient tous les enfants en âge de marcher pour qu'ils puissent goûter au délice de courir dans la neige, contribuant ainsi à forger la très russe résistance au froid qui s'acquiert apparemment avant même la parole.
Les thuriféraires de la connerie incarnés par les routiers s'amusant à faire déraper leurs 35 tonnes dans les virages verglacés se sont assagis. On retrouve l'asphalte poussiéreux des rues et nos pas se font plus sûrs, dégagés de la peur de se casser la margoulette sur une traître plaque de verglas. On peut maintenant sortir sans que nos sécrétions nasales gèlent à l'intérieur de notre nez. On ne croise plus ni les pépés arborant une fière stalactite de morve au bout du nez ni les mémés dont le filet de bave du coin de la bouche était pris par le froid. Les sonotones des personnes âgées ont réintégré leurs quartiers d'été (à savoir les oreilles et non la table de nuit, sagement posés à côté du verre à dentier) grâce aux températures plus clémentes qui permettent le fonctionnement normal des appareils électroniques. Les anciens les plus indigents retournent fouiller les poubelles dans l'espoir de dénicher quelques bouteilles de bière ou canettes d'aluminium qu'ils revendront pour compléter leur maigre retraite et espérer mettre une cuillerée de crème aigre dans leur borchtch.
L'air est saturé de phéromones sexuelles et les hommes recommencent à reluquer les jambes interminables que les minettes russes exhibent printanièrement sous une micro-jupe ras-le-kiri. Curieusement, le regard de la gente masculine se détourne des jambes variqueuses servies avec leurs bas à varices par certaines dames d'un certain âge que l'air printanier a persuadé (à tort) qu'elles bénéficiaient de la jeunesse éternelle.
N'ayant pas non plus connu les bienfaits d'un élixir de longue vie issu d'une quelconque pierre philosophale (et pour en revenir à mon nombril), mes bottes fourrées, après de vaillants services, ont été transformées en de vieux godillots croûteux par l'hiver et mes nombreuses marches dans la neige. Elles sont actuellement en soins palliatifs sous mon radiateur en attendant que je me décide à abréger leur agonie en leur faisant gagner leur dernière demeure: le vide-ordures.
Mes mains ont quitté leur mode "épiderme fromager", mon postérieur s'est remis des affreuses bosses oranges provoquées par des gelures superficielles et ma bouche a déjà oublié ce que le mot gerçure signifiait. Mon oyster brain ("cerveau d'huître" pour les non-anglophones) qui baignait bien au chaud dans son jus depuis le début de l'hiver en savourant tout ce que le glandage peut avoir de bon (c'est-à-dire pas grand chose) a vaguement été tiré de sa torpeur par le dégel et donc, Monsieur Mon Cerveau est en train de souquer ferme pour arriver à reprendre pied, ce qui implique que votre cayou bienaimé va incessamment sortir de son hibernation pour faire (ou pas, hypothèse plus probable) un coming back retentissant sur son blog. Youpi beuleu beuleu beuleu (ceci est supposé être le cri de joie d'une foule en délire composée de vous, mes chers et très nombreux lecteurs. Hum. Oui, enfin, quand je dis nombreux...heu...disons qu'être en petit comité, c'est bien aussi, ça fait plus intime comme ça. Et puis ça coûte moins cher en Champomy. Bon, d'accord, je reconnais que vu le rythme désastreusement lent de mes productions, je ne peux pas espérer fidéliser beaucoup de monde. Ça m'apprendra à être une glandeuse sans nom...).
Tout ça pour dire que c'est le printemps et que ça fait du bien par où ça passe. Nom d'Diou !
15 mars 2007
Entracte: souvenirs, souvenirs ou une bouffée de vieillesse prématurée
Le temps passe. Beaucoup trop vite à mon goût. Comme d'un battement de cil, plus de sept mois se sont déjà écoulés depuis que le vol AF2044 à destination de Moscou m'a fait quitter le territoire français.
J'ai pourtant l'impression qu'hier encore, mes pieds foulaient timidement le terminal C de l'aéroport Roissy-Charles-De-Gaulle 2 et ce jour où je me suis envolée me paraît toujours aussi proche.
Probablement parce que c'était la première fois. Première fois que je prenais l'avion, première fois que je partais aussi loin, seule et aussi longtemps, première fois que j'allais vivre dans un pays inconnu, première fois que j'allais devoir parler un autre langage que ma langue maternelle...
En conséquence, la moindre des sensations ressenties sur le moment reste gravée dans ma mémoire. Le mélange de peur et d'excitation qui me prenait à la gorge. Mon coeur qui battait la chamade. Mes mains moites qui étreignaient ma valise de 32 kg dans la chaleur aoûtienne. L'écharpe rose que j'avais enroulée autour de la poignée de ma grosse Samsonite pour soulager un peu l'ampoule sur la paume de ma dextre. L'énorme sac de toile enroulé de scotch accompagnant un monsieur japonais se tenant devant moi à l'enregistrement des bagages. Moi en retard qui courais dans l'aéroport avec mon bagage à main pour trouver le terminal C situé à l'autre bout du bâtiment. Le bus bondé m'amenant jusqu'à l'avion avec d'autres passagers qui bavardaient presque tous en russe. Le jeune homme au bras cassé que j'ai rattrapé in extremis quand le bus a donné un brusque coup de frein. L'avion d'Aeroflot et ses sièges en simili-cuir bleu. Les brochures et les hôtesses russes.
Et puis le décollage, l'impression que mon coeur et mon estomac se baladaient dans ma cage thoracique pour essayer de trouver la sortie, le vol sans problème et trois heures après, j'étais à Moscou.
C'était presque aussi rapide que le TER que je prenais habituellement pour rallier ma ville d'études à ma ville natale. Sauf que là, au lieu de 110 km, j'en avais fait 2500 d'un bond. Je n'ai pris conscience de la distance que le lendemain, quand les Français de la résidence m'ont amenée sur la Place Rouge.
C'est fou comme ces deux jours de début août peuvent me sembler à la fois proches et très lointains...
...
Et me voilà donc à plus de la moitié de mon séjour ici, en train de vous parler comme une ancienne combattante en dépression alors que j'étais partie pour composer un article sur un sujet radicalement différent et pas du tout sérieux. C'est pas bien...
Bon, comme j'ai écrit ce bidule déprimant à la place de mon article "sur un sujet radicalement différent et pas du tout sérieux", ce dernier n'existe pas encore mais il vous sera livré dans la prochaine note (que je vais essayer de mettre en ligne avant le mois prochain, promis ;)).
NB: on ne dirait pas mais en fait, j'ai le moral. :)
06 mars 2007
Un salmigondis nommé "bons baisers de Russie" - opus 1 de la partie 2
Marché russe
J'ai évoqué dans le micro-article "marché vietnamien" (cf Salmigondis I, pour ceux qui ne suivent pas ou pour les nouveaux venus) un marché typiquement russe au coeur duquel sont dissimulées les trois allées d'échoppes vietnamiennes. Je voulais vous parler un peu plus largement de ce sanctuaire russo-russe qui vaut le détour. A cette fin, j'allais le nommer "le marché de Partisanskaya" mais après une nitescence dans mon cortex et quelques vérifications sur mes plans, il s'avère, Mesdames et Messieurs, que la colossale foire permanente que j'avais désignée comme "le marché de Tcherkizovskaya" et celui-ci ne font qu'un. Avouez que ça vous la coupe, hein ? Ou pas. Peu importe. Bref.
On peut donc rejoindre ce souk soviétique par les stations Tcherkizovskaya, Partisanskaya et Ismaïlovskaya, amenant chacune à l'une des entrées de ce titanesque étal de marchandises de tous poils (surtout de machmouth :). Ceci est un jeu de mot douteux (pour ne pas dire putrescent) que seuls les initiés au sens de la chmoutte et à ses significations par extension peuvent comprendre. Je vous expliquerai peut-être un jour où je serai d'humeur munificente et graveleuse).
Personnellement, de mon point de vue, selon mon opinion propre à moi-même et mon ressenti personnel (égotisme, quand tu nous tiens !), je trouve que l'accès à ce bazar géant par la station de Partisanskaya est particulièrement représentatif des contrastes à la russe. Laissez-moi vous décrire la route merveilleuse qui mène vers cet eldorado.
...
Non, tout compte fait, si vous n'y voyez pas d'inconvénient, je vais plutôt commencer par un léger hors-sujet au sujet du métro que je ne savais pas où caser et puis, ça vous permettra d'être plus dans l'ambiance. Voilà, ça nous fait une transition (à la va comme j'te pousse, je vous le concède) qui évitera peut-être que mes structures littéraires soient qualifiées de chaotiques. Et oui, je suis susceptible.
Bon, reprenons.
Mise en situation: vous êtes dans une ville armée d'un métro (en l'occurrence, Moscou) et vous souhaitez vous rendre d'un point A à un point B en utilisant ce moyen de transport. Mode d'emploi.
Dans le cas exceptionnel où le métro est vide ou raisonnablement rempli, vous serez simplement envahi(e) d'un sentiment de félicité mis en évidence par un sourire béat et un air hébété ou, plus probablement, vous serez indifférent(e) à la chance dont vous bénéficiez à cet instant. Quoiqu'il en soit, vous n'avez pas à vous plaindre et du coup, le développement de ce cas de figure n'est absolument pas intéressant. Voyons maintenant l'autre variante.
Si vous avez le malheur de vous trouver dans une rame en période de grande affluence et qu'aucune âme charitable ne peut venir à votre rescousse pour vous démouler du train au pied-de-biche, vous devrez vous armer de votre plus belle montée de testostérone pour vous glisser subrepticement dans la peau virile et la coquille surdimensionnée d'un joueur de football américain. Cette poussée de délicatesse masculine issue de votre atavisme d'êtres primitifs devrait vous permettre de vous extraire du métro au moment adéquat et sans trop de dommages.
Cette proposition étant vérifiée si et seulement si vous n'avez vraiment pas hésité à bourriner comme un gros boeuf car dans le cas contraire, vous voilà quitte pour descendre à la station suivante faute d'avoir poussé avec assez de vigueur pour réussir à vous dégager de la pâtée humaine des heures de pointe. Pour moi qui n'avais jamais vécu dans une ville avec métro, je n'avais pas saisi la subtile combine et j'y allais avec douceur à coups de "pardon" et "excusez-moi".
Mon moi dépité sur le quai de la station suivante vous affirmera que cette stratégie ne fonctionne absolument pas quand le métro est bondé. C'est donc après m'être fait avoir une ou deux fois de cette façon que j'ai été illuminée par l'évidente solution: dorénavant, je bourre, ce qui me permet de ne pas être cataloguée dans les loosers de la théorie de Darwin (encore lui !) résumée par moi-même à ce succinct aphorisme "soit tu t'adaptes, soit tu te fais enc...hum...encorner".
J'ai donc choisi de m'adapter, ayant jugé que c'était l'option la plus raisonnable. D'autant plus que ce comportement a des avantages indéniables: outre le fait de réussir à descendre à la station de métro choisie, cette petite astuce défoule, permet de soigner le style de son plaquage et de son tacle, peut être favorable à des contacts faussement accidentels avec d'éventuel(le)s voisin(e)s sur le(la)quel(le) vous auriez des vues, est aussi potentiellement une occasion de vous venger en poussant plus que de raison la vieille peau personne âgée qui vous a enfoncé sa canne dans le pied pendant le trajet, contribue à réduire le taux de triglycérides du Prince Charles et a un impact positif sur la libido des sconses albinos du Paraguay septentrional.
Voilà pourquoi il est fortement conseillé d'effectuer un bref retour à vos instincts primaires, éphémère résurgence de l'époque où le dîner ne se chassait pas avec une carte bleue à Auchan, Carrefour ou autre chaîne de gigamarchés phagocyteuse de petits commerces, grande distributrice de plats micro-ondables, de malbouffe premier prix et de fruits ou légumes qui, de l'aurore au crépuscule de leur vie végétale, n'auront vu ni soleil, ni terre (ah, les miracles contre nature de la science...).
Loin de ce monde enchanteur dégoulinant de pourriture capitaliste, il existe encore des îlots qui ont su conserver intacte la foi communiste annihileuse de l'individu au profit de la masse collective. C'est par exemple le cas dans la station de métro moscovite Partisanskaya où l'on est accueilli par une gigantesque statue à la gloire des prolétaires-soldats-héros-de-guerre de l'URSS figurant un homme, une femme et un adolescent, tous trois armés de mitraillettes PPSh-41 suffisamment fidèlement reproduites (de la forme de la crosse d'épaule au chargeur camembert) pour que je puisse les identifier sans difficulté après quelques recherches sur le net.
Cette statue est à l'image de nombreuses réalisations de l'époque soviétique qu'on peut encore observer de nos jours: conçues par des artistes aux tendances cocardières, il s'en dégage une impression d'austérité héroïque et les personnages sont invariablement figurés avec des visages rudes aux traits burinés, l'expression grave et l'arme à la main. Je peux, pour exemple (et surtout parce que ça cadre avec mon sujet), vous décrire cette fameuse statue de Partisanskaya.
Elle est placée en hauteur, de sorte que lorsque vous sortez d'une rame de métro, elle vous domine de plusieurs mètres et quand le soleil brille, le jeu des vitres fait que ce monument est l'unique partie de la station que le voyageur voit illuminée par les rayons solaires, participant ainsi à stimuler le sentiment de révérence sacro-sainte que se doit d'inspirer la représentation de ces trois personnages anonymes incarnant l'idéal communiste.
L'homme est fièrement perché sur un roc, la chapka sur la tête, la barbe renforçant l'impression de dureté qui se dégage de son visage à l'air un tantinet comminatoire, ses yeux impitoyables fixés sur l'horizon d'un avenir qu'il espère probablement meilleur, le rebord de la veste retourné par une imaginaire rafale glaciale de vent sibérien et la main droite tendue en un salut à une foule ou à un idéal fictifs.
A sa droite, le jeune homme est accroupi, le regard tourné vers la gauche, comme pour chercher des yeux une éventuelle menace. L'arme dans sa dextre et l'attitude alerte, il semble prêt à bondir sur un quelconque ennemi.
A gauche et un peu en retrait de l'homme se tient la femme qui a la mâchoire anguleuse et l'expression sévère. Elle est vêtue d'une veste et d'une jupe longue grossièrement coupées dans un tissu qu'on imagine rêche, sa taille épaisse est serrée par une ceinture et son visage, qui n'est pas sans évoquer Baba Yaga, est enveloppé d'un fichu.
L'austérité de cette femme d'un temps révolu et poussiéreux qui côtoie l'extravagance frivole d'une partie de la gente féminine moscovite met en évidence le gouffre qui s'est creusé en une quinzaine d'années entre l'idéal suranné qui fut imposé aux Russes pendant plus d'un siècle et l'occidentalisation débridée qui leur sert aujourd'hui de modèle, à défaut d'un idéal plus reluisant.
Comme partout, la réalité actuelle de la vie à Moscou reste vérolée par de nombreux problèmes que je ne me hasarderai pas à développer, faute de compétences et de connaissances théoriques ou pratiques en la matière qui m'auraient permis de séparer le bon grain de l'ivraie mais aussi parce que j'ai parfaitement conscience que mon jugement, en plus de ne pas avoir grand intérêt, n'appréhenderait certainement pas toutes les composantes fort complexes de ce grand Etat valétudinaire qu'est la Russie.
Je me contenterai donc de continuer à vous parler de sujets qui ont la profondeur du décolleté de Kate Moss comme la vie palpitante de mon nombril et ma vision définitivement subjective de Moscou.
Revenons à nos moutons et à notre périple vers le royaume de la contrefaçon. En contemplant d'un oeil plus ou moins intéressé la fameuse soviético-statue que je vous ai décrite avec tout le brio dont je suis capable, vous grimpez les marches inégales des escaliers vous conduisant des entrailles métropolitaines jusqu'à la surface de la terre et vous débouchez devant la station de métro.
Vous y croisez des hommes et femmes aux faciès généralement peu engageants qui vendent à la sauvette chaussures, survêtements (Adadas à 4 bandes), écharpes (Shanel portant le cigle Hairmès), chaussettes (tricotées en poils d'ours centenaire) ou des services de falsification de formulaires administratifs. Vous pourrez échapper à ces zombies sanguinaires vendeurs de façon aisée puisqu'il vous suffit de changer de trottoir, ce qui, par une heureuse coïncidence, vous rapproche de votre cible, à savoir le fameux marché.
Si vous avez réussi à traverser cette route se trouvant sur votre droite et qui est sillonnée en permanence par les va-et-vient de chauffards chauffeurs russes au volant de cars, taxis collectifs ou Lada déglinguées, vous passez devant l'immense complexe hôtelier d'Ismaïlovo composé de très hautes et très laides barres blanches nommées Alpha, Beta, Gamma, etc. au pied desquelles on trouve notamment des restaurants tape-à-l'oeil, des services de change et des casinos. Ces hôtels trois étoiles émettent de fortes effluves monétaires si l'on en croit la concentration de voitures coûteuses garées sur le parking surveillé situé à proximité, ce que je trouve particulièrement ironique vu le type de marché situé à deux pas de là.
Après avoir pris conscience de votre insignifiance à côté de ces géants de béton, vous suivez les indications pour aller au "Vernissage", ce qui, en russe, signifie un ensemble de marchands vendant des poupées russes (matriochkas) et autres souvenirs pour touristes à des prix prohibitifs dans une enceinte qui se voulait être de style pseudo-russe mais qui rappelle plutôt les décors de Disneyland en plus raté. Si vous continuez et passez sous l'arche où le mot "Vernissage" a été apposé en grosses lettres aux couleurs de l'arc-en-ciel par un artiste kitch en transe post-biture, vous voyez sur votre droite un centre commercial (Torgovyi Kompleks) et sur votre gauche, une salle de concert anguleuse nichée au milieu des barres d'hôtels.
Vous avancez ensuite sur une allée rectiligne le long de laquelle vous observez à coup sûr l'un des spécimens de "dame pipi" (l'un des autres personnages incontournables de la vie quotidienne russe avec les diéjournayas et les babouchkas).
Celle que je vois régulièrement à cet endroit est une grosse dame d'un certain âge dont le visage rougeaud émerge difficilement de plusieurs couches d'écharpes, foulards et bonnets disposés sur sa tête, assemblage hétéroclite conforme au reste de son accoutrement inspiré par la stratégie de l'oignon psychédélique, ce qui fait qu'elle s'emmitoufle dans de nombreuses couches de vêtements disparates. Devant l'une de ses trois toilettes de chantier bleues et blanches, elle est assise sur une chaise de jardin en plastique recouverte de diverses couches de tissus délavés aux motifs qui furent fleuris, attendant que les clients dans le besoin lui paient les 10 roubles qui leur sont demandées pour gagner l'insigne honneur de se soulager avec un semblant d'intimité dans ces gogues malodorantes dont la porte ne ferme que rarement à clé.
Presqu'en face des toilettes, une autre femme propose des boissons et des petits pains à la russe. La dernière fois que je l'ai vue, elle utilisait deux vieux anoraks dont les couleurs très moches seventy's disparaissaient sous la crasse pour envelopper un chien errant dormant paisiblement dans la neige au pied de son stand et elle le bordait comme si c'était un enfant. J'ai trouvé ça mignon même si j'ai quelques doute sur la santé mentale de la dame en question qui a parfois des comportements un peu étranges comme lorsqu'elle semble être en grande discussion avec un ami invisible qu'elle sollicite avec de grands gestes accompagnant des propos inintelligibles. De temps à autre, vous pouvez aussi rencontrer à cet endroit un montreur d'ours ou une jeune femme qui propose aux enfants de faire des promenades sur le dos de son âne.
Après avoir passé une affreuse statue en bois représentant un homme dans un état second, vous arrivez enfin à l'entrée en bois verni du "Vernissage" et sur votre gauche, vous pouvez apercevoir un immense bâtiment blanc, toujours de style Disneo-russe à la crème Chantilly (oui, je sais, je suis vraiment une béotienne à mes heures), qui est le musée d'histoire de la vodka.
Voilà ce que voit le touriste lambda en allant acquérir une matriochka, une chapka et de la vodka au "Vernissage". Le touriste un peu plus averti remarquera sur la droite la présence sans tambour ni trompette d'une allée couverte de bâches longeant le "Vernissage". Cette entrée du marché perd un peu de sa discrétion voulue en raison de la concentration inhabituelle d'hommes d'aspect un peu louche qui proposent leurs services de chauffeurs de taxi aux suicidaires prêts à se faire plumer pour mourir.
Selon les règles à la russe, le chauffeur du dimanche qui gagne la course est celui qui arrive à faire gober au pigeon client que son taxi et sa conduite offrent l'optimum de la rapidité (être prudent, ça signifie entre autre respecter les limitations de vitesse et quand on est bourré, on est moins prudent donc plus rapide) et du rapport qualité/prix (parmi la concurrence, il possède la Lada avec le ratio surface-trous-rebouchés-au-chatterton/surface-carosserie le plus bas).
On notera au milieu de cette faune de margoulins des agents de sécurité patibulaires dont la tâche est de contrôler les passeports des passants n'ayant pas le "teint réglementaire", conformément à l'ostracisme des Russes envers les vilains méchants étrangers pas comme eux. Selon les ouï-dire, l'origine de ce grouillement inaccoutumé de vigiles viendrait du fait que ce marché interlope sur les bords serait le lieu de prédilection des travailleurs immigrés clandestins, souvent asiatiques. Quoiqu'il en soit, il semble que, du point de vue des hautes sphères, seuls les Russes soient les bienvenus dans cette foire puisqu'on comprend assez vite qu'on n'accueille pas à bras ouverts tout ce qui se rapproche de près ou de loin d'un étranger.
En bonne touriste, la dernière fois que je me suis rendue là-bas, j'avais emporté mon appareil photo pour immortaliser ce marché avec lequel je vous rebats les oreilles. Malheureusement, j'ai pu vérifier que les étrangers et les appareils photo n'étaient pas les bienvenus sur place.
Un monsieur, l'un des marchands apparemment, s'est discrètement approché de moi et après avoir jeté un coup d'oeil circulaire, il m'a glissé subrepticement dans l'oreille avant de s'éloigner d'un pas rapide "если увидят, конфискуют фотоаппарат", ce qui signifie que "si "ils" me voient, "ils" me confisquent mon appareil photo". Ceci a sonné le glas de ma prise de photo vu que je ne cherche pas les ennuis.
Je pense que ce petit évènement montre que ce marché et ses contrefaçons ne font pas la fierté des Russes qui ne semblent pas enclins à exposer au grand public cette économie quelque peu souterraine mais néanmoins florissante qui se déroule en toute légalité avec l'agrément de toutes les instances dirigeantes russes vu les moyens titanesques mis à disposition pour l'intendance de cet immense bazar.
Cela dit, je critique mais tout n'est pas noir et j'ai pu assister à une saynète prouvant notamment que certains vendeurs ont séché les cours de diplomatie et de doigté (ils pouvaient pas viendre, ils avaient piscine ce jour-là). Cela conduit donc à l'historiette suivante.
Je crois avoir mentionné que les marchands essaient d'attirer les clients potentiels dans leurs stands en vantant avec plus ou moins d'adresse les qualités de leur marchandise. Seulement, parfois, ce n'est pas la réplique idoine qui leur vient à la bouche et leur phrase d'accroche produit l'effet inverse en faisant fuir le client.
L'exemple présent met en scène une femme ...heu... très forte, pour le dire gentiment. L'air serein et pacifique, elle passait d'un pas traînant dans l'une des allées quand un vendeur impavide et plein de tact, lui lance le petit mot sournois qu'il ne fallait pas : "Entrez, nous avons votre taille". Je vis un sourire de satisfaction éclairer le visage buriné du commerçant lorsque la dame en question marqua un temps d'arrêt devant le stand mais l'accroche du marchand n'avait pas vraiment eu l'effet escompté puisque la non-cliente potentielle, dont le visage passa successivement du blanc au violet betterave en prenant toutes les couleurs intermédiaires de l'arc-en-ciel, lança un regard noir rempli d'éclairs à ce rustre, ce goujat, ce gougnafier, ce paltoquet, ce pignouf.
Pendant un instant, j'eus l'impression qu'elle luttait âprement pour se retenir de flanquer dans les albuginées du malotru un coup de vilebrequin qui aurait réduit à néant ses bijoux de famille, lui ôtant à jamais tout espoir de concevoir une descendance.
Fort heureusement pour le vendeur, la femme, qui s'était transformée l'espace d'une seconde en yéti sanguinaire, devait avoir des dispositions à la procrastination, ce qui la retint de compromettre la vie des gamètes du mufle. Après avoir déversé en un regard meurtrier toute sa haine, elle tourna les talons et s'éloigna d'une démarche pachydermique en marmonnant quelques injures pas volées à l'égard du butor.
Pendant le temps de la scène, qui n'était pourtant pas vraiment drôle, je ne pus m'empêcher de rire sous cape tant la femme, à l'ouïe de cette simple réplique qui manquait légèrement de circonspection, s'était métamorphosée à la façon de Hulk.
[NDLR: la rédac' a décidé de segmenter sa prose une fois de plus parce que voilà déjà un petit moment que vous êtes sans nouvelles et pour l'heure, il n'y a que cette partie qui soit écrite à peu près correctement.
La rédaction vous remercie d'avoir lu cette explication qui ne vous a servi à rien et vous dit à bientôt.]
12 février 2007
Un salmigondis nommé "bons baisers de Russie" - partie 1
Chers gens, salut.
J'espaire que vou zallé bien. Mois oui. Je m'amuze bien an coloni. Lé zotre zenfants son jantis avec mois et les moniteures son rigolo ossi et on fais plein dactivité marante. Je vou zanbrasse for. Cayou.
Après cette preuve concrète de mes flagrants talents épistolaires, je vais traduire en (bon?) français ce que ces quelques phrases percutantes signifient. Pour commencer, je suis vivante et de surcroît, en bonne santé, donc je n'ai pas à me plaindre. Enfin, quand je dis que je n'ai pas à me plaindre, c'est une façon de parler, hein, parce que j'aime profondément râler pour ne rien dire, ce que je vais donc faire sous vos yeux ébahis ici et maintenant. Accessoirement, mes billevesées et balivernes feront office de signe de vie que j'offre gracieusement à vous, mes fervents admirateurs, qui me cueillez en plein délire mégalomaniaque.
Je vous conseille amicalement de resserrer bretelles et suspensoirs car après quasiment deux mois d'électro-encéphalogramme plat sur le blog, votre perspicacité aura deviné que j'ai une quantité faramineuse de conneries à raconter. Par ailleurs, j'avais tellement d'inepties à écrire qu'il m'a fallu une dizaine de jours pour composer cette première partie (sur deux) d'article. Ceci pour dire que la rédaction de ce texte fut fort ardue, j'espère donc que vous saurez apprécier ma grandiose prose virtuose (livrée avec mes mycoses, ma névrose, ma couperose ou ma myxomatose au choix. Différents coloris. Et pour un euro de plus, je vous cède mon auto-brosse à reluire.) à sa juste valeur (qui ne peut vous être communiquée de façon précise pour l'instant mais les experts du Juste Prix planchent sur la question).
Alors, pour ceux que ça intéresse, et pour les autres aussi, je vais dévoiler dans un bulletin exclusif mon état général de ces jours-ci, ce qui est un sujet qui passionne au moins 5 ou 6 personnes en étant optimiste le monde entier. Bon, comme je l'ai mentionné ci-précédemment, je me porte plutôt très bien en dehors d'une flemmingite assez virulente. Quand je dis que je suis en période traîne-savate, ce n'est pas la petite fainéantise de fin de semaine qui fait que j'attends un ou deux jour(s) avant de faire la vaisselle ou de répondre à mes mails, non, non, c'est la flemme puissance 28 qui me fait prendre un petit-déjeuner équilibré (composé d'une boîte de fayots froids non égouttés dégustés à même la boîte de conserve) à 15h du matin, celle qui fait que je préfère ne pas sortir plutôt que d'avoir à laver mes vêtements ou encore celle qui fait que lorsque mon réveil indique 7h, je suis incapable de dire s'il est 7h du matin ou du soir (de toutes façons, dans les deux cas, il fait nuit).
Je présume qu'il s'agit là d'un simple contrecoup de mon semestre sans vacances saupoudré d'examens. Par conséquent, je vous prie de ne pas me blâmer au sujet de mon mode de vie délabré qui n'est que temporaire et puis, il faut bien l'avouer, qu'est-ce-que ça fait du bien de glander (autant en profiter maintenant parce que quand j'aurai un vrai boulot, avec les feuilles d'impôts et tout et tout, je subodore que l'espace temps va rétrécir de façon tellement dramatique que ma paresse estudiantine ne pourra plus s'étaler de tout son long pour farnienter à loisir) !
En plus, comme l'oisiveté est mère de toutes les vis, j'en ai profité pour faire un peu de bricolage car, conséquence plus ou moins directe du froid et des lois physiques régissant la dilatation ou la contraction du bois en fonction de la température, ma fenêtre merdique (dont le cadre est en bois, vous l'aurez compris) a changé de forme, ayant pour effet de permettre au vent d'entrer vigoureusement dans ma chambre.
Pour y remédier, j'ai fait appel à ma papeterie et à l'embryon d'esprit de Mac Gyver bien caché au fond de mon moi intérieur. Ce système D m'a donc poussée à calfeutrer dans l'urgence la fenêtre avec du scotch. Malheureusement, cette solution ne fut que temporaire vu que je dus me confronter à la réalité et au reflet narquois de son oeil torve qui me fit prendre conscience qu'il était désormais impossible d'aérer ma tanière. Je fus donc contrainte de tout enlever pour éviter de vivre dans une atmosphère confinée composée de mes météorismes et effluves sui generis. Cet air n'étant assurément que peu salutaire pour mon organisme, il m'aurait fait inéluctablement périr dans les atroces souffrances d'une intoxication imputable à mes propres odeurs corporelles, ce qui serait un décès ô combien stupide et effroyable, si tant est qu'il y ait des morts qui ne soient pas stupides et effroyables. Quoiqu'il en soit, je n'étais que peu tentée par cette asphyxie programmée et suis en conséquence allée de fournir en joints au Auchan situé à trois correspondances et à deux heures de transport en commun de la résidence.
De retour de ma noble quête, j'ai ensuite passé une heure dans le froid pour gratter au cutter les restes collants et mouillés des anciens joints pourris. Après avoir séché amoureusement le pourtour des fenêtres au sèche-cheveux, j'ai essayé de coller, toujours amoureusement, les-dits joints en m'apercevant sur une parcelle de test qu'ils ne tenaient absolument pas et qu'ils se contentaient d'arracher par écailles la plus récente des 6 couches de peinture du cadre de la fenêtre.
D'où, un peu moins amoureusement, re-une-heure de grattage au cutter puis brossage énergique avec une mini-brosse métallique empruntée aux Birmans. Le passage le plus burlesque étant le nettoyage de la-dite brosse, surtout pour enlever les écailles de peinture quillées entre les "poils" métalliques en essayant (sans y arriver) de ne pas m'enfoncer ces derniers dans la pulpe des doigts ou sous les ongles. Après avoir fait la danse de la pluie dans ma chambre en débitant le chapelet de tous les jurons de mon répertoire, je cherchai de mes yeux embués de larmes une pince à épiler en état de fonctionnement pour retirer les tiges de métal plantées dans mes doigts.
Pour ce genre d'opération, je conseille d'ailleurs aux personnes non-ambidextres qui seraient aussi douées que moi de se munir également d'un tiers pour les aider à retirer les-dits poils de leur dextre, la manipulation de la pince à épiler de la main gauche chez le droitier n'étant pas au top de la précision puisque la sénestre tremble comme deux vieilles, ne serait-ce que pour ne pas lâcher le petit instrument métallique. N'oubliez pas de prévenir le tiers que vous risquez de pousser des gémissements pathétiques quand il faudra retirer les morceaux de métal profondément enfoncés sous la peau, sans quoi le tiers vous regardera d'un oeil éberlué quand vous émettrez involontairement des bruits de lamantin en rut sous l'effet de la douleur.
Après avoir vidé une bouteille de Merchurochrome sur mes doigts et les avoir emmaillotés dans de mignons pansements à l'effigie de Pluto (prévus à l'origine pour la fille de 3 ans du Taïwanais de l'étage), re-séchage du pourtour de la fenêtre plus du tout amoureusement.
Entre temps, j'ai réussi à faire planter mon ordinateur en réquisitionnant pour le sèche-cheveux la prise électrique habituellement réservée à l'alimentation de mon portable. J'ai aussi inondé mon lit et une partie ma chambre grâce à ma géniale fenêtre au double vitrage un peu étrange: sur le double-vitrage moderne, l'espace entre les deux vitres est normalement étanche pour éviter les phénomènes de condensation et pour limiter la circulation de l'air qui favoriserait les échanges thermiques entre l'extérieur et l'intérieur. Et bien, sur mon "double-vitrage", l'air et l'humidité circulent à loisir entre les deux vitres donc depuis deux semaines, le côté intérieur (et inaccessible) de la vitre extérieure est totalement couvert de glace qui fond lorsque j'ouvre la fenêtre, répandant ainsi un jus de fenêtre brunâtre un peu partout, la cible préférée de ce liquide répugnant étant mes livres de cours qu'il faut peut-être que je déplace en lieu sûr.
Ellipse narrative qui vous épargne la suite de mes manoeuvres un peu bourrines pour jointer tout le bouzin vitrier. Pour finir, j'en ai chié et les joints tiennent sur 3 des 4 côtés de ma fenêtre. Pour le dernier côté, je vais essayer les clous (permettront peut-être de stabiliser le bois pourri) et le 2-cyanoacrylate de méthyle mais si ça ne marche pas, je renonce. D'ailleurs, le courant d'air glacé qui me soufflait sur la tête lorsque je dormais n'a plus vraiment d'importance puisque j'ai décidé de dormir sur mon tapis plutôt que mon lit lilliputien qui me causait de sérieux maux de dos.
Sur ces dos-léances (j'atteins des hauteurs pélagiques question jeux de mots), je me dois d'ajouter à mon bulletin d'information que par mon indigence sus-mentionnée, je célèbre comme il se doit la fin nimbée (et je sais que normalement, on dit "couronnée". Mais la normalité est une notion très subjective.) de succès (discrète papouille à mon ego) de mes examens (détails croustillants plus loin (dans la deuxième partie en fait) à ce sujet), ce qui fait aussi que je m'arroge les droits inaliénables d'utiliser à outrance les parenthèses (z'avez qu'à suivre) et de disjoncter dans les règles de l'art (je vous promets d'arrêter un jour la caféine.).
Parce que bon, le sérieux, dont j'ai été contrainte d'user et d'abuser ces derniers temps a la particularité intéressante de, sporadiquement, ne pas être superflu (notamment en ère examinatoire ou en période d'accroissement de contraintes dont la nature est propre à provoquer une surdose de stress). Ses effets secondaires et pervers sont qu'il est profondément ennuyeux à la longue et qu'il sous-exploite scandaleusement les capacités de divertissement plus ou moins développées chez l'encéphale logé dans la boîte crânienne de l'individu lambda, le faisant ainsi vieillir prématurément. Sur ce postulat atteignant les hautes sphères de la philosophie transcendantale, je vous livre la suite des calembredaines enfantées un soir d'orage par mon esprit fé-con (je sais, je me complais dans la nullité crasse mais que celui ou celle qui n'a jamais accouché d'un jeu de mot pourri me jette le premier cayou. Et puis, ne râlez pas, si vous êtes bien sages, ma grandeur d'âme d'opérette vous octroiera le droit à un cadeau-bonus à la fin de l'articloblog : me lyncher ou même me lapider (pour les plus hargneux) et me couvrir d'opprobre. Les parpaings, les cayous, les marshmallows et l'opprobre seront sur votre gauche en sortant.).
Un, deux, trois...
Non, pas "soleil". Car oui, ami lecteur, non-lecteur, psychopathe, dahu, vésicule biliaire, steak haché géant, parpaing ou gastéropode (raie (du verbe rayer, pas le poisson) les mentions inutiles), ne te vautre pas dans la fange de la pensée unique, il y a d'autres choses qui commencent par "un, deux, trois" que le puéril jeu concerné. Je suis particulièrement fière d'apporter mon cayou à l'édifice des trucs, bidules et machins débutant ainsi (ce qui prouve entre autres que je sais compter jusqu'à trois. Et sans mes doigts, je vous prie.) avec la composition inspirée d'une comptine hivernale qui fera office de hors-d'oeuvre à la diarrhée logomachique qui va suivre. Attention les yeux, c'est de l'art brut. Pour ceux qui ne connaîtraient pas l'original, c'est là et ma débilo-version est disponible ci-après:
Un, deux, trois,
Nous irons au froid,
Quatre, cinq, six,
Nous geler les cuisses,
Sept, huit, neuf,
Dans notre manteau neuf,
Dix, onze, douze,
Elles seront toutes rouges !
Ceci se voulait être une introduction de mauvaise qualité au paragraphe ci-dessous dans lequel je vais dire en substance que je me pèle les miches, mais en employant des termes plus châtiés et en empruntant des voies plus tortueuses suivant le cheminement louche de mes pensées que j'ai l'outrecuidance de vous livrer bien qu'elles soient foncièrement plus prosaïques et moins recherchées que celles de Pascal.
Qu'on se le dise, la Moscou hivernale (en russe, le nom "Moscou" est féminin, ne me demandez pas pourquoi, je n'en sais rien.), c'est un bonheur inénarrable. Comme vous le savez probablement, cette ville a la réputation de jouir d'hivers rigoureux qui en ont fait fuir plus d'un. Bien sûr, rien à voir avec les hivers sibériens dont les températures flirtent fréquemment avec les -70°, ce qui les rend autrement plus rudes que ceux de Moscou.
Je confesse par conséquent que je suis une chochotte-poule-mouillée d'autant plus que cette année, l'hiver est clairement de la gnognote: d'après les Moscovites, qui sont à leurs heures météorologistes et climatologues, les températures de saison devraient être de l'ordre de -35° ou -40° alors qu'il ne fait "que" -10° à -25°. J'ai donc la chance de n'avoir à subir qu'un hiver exceptionnellement clément, le plus chaud que le pays ait connu depuis 50 ans +/- un siècle selon des sources qui n'existent pas, cette information étant issue de mes spéculations mais dont l'inutilité était nécessaire à mon processus narratif visant avant tout à assoir mon immense culture confiturière (private joke pour les Gapois: je vous remercie de n'établir aucun lien avec le personnage haut en couleur et en alcoolémie Confiture aka Framboise).
Pour cela, j'adresse toute ma reconnaissance au réchauffement climatique et mes remerciements vont donc également aux flatulences du cheptel bovin mondial qui, comme chacun le sait, est l'un des plus éminents producteurs de gaz carbonique, tout de suite après les Ladas et les usines russes particulièrement respectueuses du Protocole de Kyōto (La Russie émet 17% des gaz à effet de serre (dont fait partie le gaz carbonique) dans le monde, derrière les Etats-Unis qui sont responsables de 23% de l'émission de ces mêmes gaz).
Sans oublier le reste des activités humaines qui, étant suffisament peu réglementées, se déroulent sans entraves au mépris de toute considération quant à leur impact sur notre écosystème même si, plus prosaïquement (j'ai appris le mot "prosaïque" il y a peu alors je l'utilise :)), les acteurs de ces activités sont à mon avis simplement réfractaires à de quelconques règles pondues par un tout aussi quelconque écologiste improbable aux préoccupations environnementales utopiques en regard des soucis de rentabilité friquières qui régissent le monde, suivis de près par la potentialité de copulation, enjeu particulièrement important pour satisfaire les pulsions primaires propres (ou pas) à la grande majorité de l'humanité. Car, ne l'oublions pas, l'homme est avant tout un animal. Un animal qui cherche éternellement à se reproduire pour perpétuer sa lignée et échapper ainsi aux affres de l'impitoyable sélection naturelle chère aux théories darwiniennes. C'est aussi un animal qui pense parfois, certes, mais un animal tout de même. J'ajouterai que, comme l'a mentionné le père de la psychanalyse, l'homme est en plus un animal perpétuellement à la recherche de partenaires pour de petits jeux anaux.
Vu de ce côté, je me sens maintenant un peu désabusée de faire partie de cette espèce merveilleuse qu'est l'homme et ce, même si j'ai quelques doutes quant à ma classification zoologique, à l'instar de mon entourage qui m'a, au cours de ma courte vie, affirmé que j'appartenais à d'autres variétés du monde animal comme l'autruche, la vache (sous-espèce "grosse"), la baleine, l'ours, le canard, la truie (sous-espèce "grosse" aussi) le canari ou encore une variété de dinosaure dont je serais la dernière représentante vivante connue à ce jour : le chartiosaurus rex. Groar.
Hum.
Je crois que je me suis un peu éloignée de mon sujet de départ qui était le froid à Moscou. Veuillez m'excuser, mon hypocondrie pense souffrir d'un trouble neuropathologique spongiforme probablement dû à ma condition de bovine, si j'en crois mon frérot qui, dans son esprit d'à-propos, m'a affectueusement affublée de ce mignon sobriquet. Meuh.
Alors oui, donc, le froid. Depuis environ un mois, il neigeote presque tous les jours. Oh, pas grand chose, deux ou trois centimètres chaque jour, juste de quoi nous rappeler qu'on est en hiver, en hiver exceptionnellement chaud, mais en hiver quand même. Je vous entends déjà: "Supaiiiiire ! Tous les jours de la neige, t'as trop du pot, la neige qui tombe, c'est trop bô, trop poétique !". Eurm, oui, certes, mais bon, non.
Pour être honnête, la neige, on s'en lasse assez vite parce que quand elle tombe, oui, c'est mignonnement joli même si ça mouille et que ça brûle le visage. Seulement, à l'instant où les flocons atteignent le sol, la poésie neigeuse cesse immédiatement et de façon très abrupte. Deux cas de figure peuvent alors se présenter selon la température extérieure: vaguement positive ou clairement négative.
Dans le premier cas, la neige se transforme en une infâme bouillasse noirâtre qui charrie toute la pollution, la terre et des immondices de toutes sortes. Cette purée imbibe et souille en un temps record les chaussures et pantalons, voire le reste des vêtements si vous avez le malheur de marcher un peu trop près de la route et qu'un véhicule décide de passer trop vite à vos côtés, vous métamorphosant ainsi en dalmatien à coups d'éclaboussures. Ce n'est pas dramatique, oui, oui, sauf que votre manteau ne peut se nettoyer qu'à sec, que vous lavez tous vos vêtements à la main (rapport à de bonnes résolutions prises pour l'année 2007), que vos pieds se teintent de violet grâce au froid (cette couleur violette peut être modifiée si vos chaussures déteignent), etc. Enfin, comme vous l'aurez remarqué par vous-même, l'eau transcende les odeurs, notamment les odeurs corporelles. J'aime autant vous dire que prendre le métro en ce moment constitue un véritable plaisir olfactif, une aventure sensorielle hors du commun, une expérience qui repousse les limites du possible en ce qui concerne ce que peut supporter l'odorat. Le tout amplifié par le fait que les hommes (et les femmes aussi, de temps à autre) moscovites semblent véritablement convaincus que l'alcool protège du froid.
Dans tout ça, rien de vraiment tragique et je suis parfaitement consciente que je ne devrais pas jouer sur le registre de la martyrologie puisque bien d'autres villes subissent les assauts de la neige (comme par exemple chez nos amis canadiens) et que les personnes concernées semblent s'adapter sans se plaindre. Ben oui, mais bon, je n'ai pas l'habitude de vivre ce genre d'hiver et puis, j'aime bien râler. Bien. Ceci étant dit, voyons maintenant l'autre variante, quand la température passe sous zéro.
La bouillie susnommée s'est maintenant changée en immenses plaques de glace qui glissent monstrueusement (à titre de comparaison, une patinoire peut être considérée comme du papier tue-mouche), sachant que Moscou est pleine de pentes, d'escaliers et de marbre (Le marbre, c'est particulièrement traître, mouillé ou glacé, même combat, il est là pour vous tuer) et sachant aussi que les notions de déneigement ou de salage restent réservées aux routes (principales uniquement). Comme le piéton sorti de la rue du Vieil Arbat est un indésirable, les trottoirs ne bénéficient d'aucun traitement particulier.
Un autre point sympathique de cette variante est que les voitures, déjà habituellement peu soucieuses des piétons, ont un comportement similaire à celui d'un taureau dont on serait en train de broyer les coucougnettes. D'une part parce que le marquage au sol, déjà peu visible en temps normal, disparaît sous la glace, la neige ou les passages répétés de pneus cloutés et d'autre part, parce que les Moscovites évitent de stopper leurs bolides soviétiques pour leur épargner le calage et qu'ils ont tendance à accélérer comme des neuneus soit pour faire joujou (ils sont très joueurs en voiture, les Moscovites), soit pour arriver à passer une pente totalement glacée.
D'ailleurs, après quelques temps à Moscou, vous apprenez à être vraiment plus vigilant qu'en France lorsque vous vous promenez dans les rues: vous ne vous fiez plus aux feux de signalisation, vous ne traversez les routes en courant que lorsque toutes les voitures sont totalement arrêtées au feu rouge et vous gardez l'oeil alerte pendant votre folle traversée. Et oui, vous avez appris à prévoir les imprévisibles comportements dangereux et stupides des automobilistes moscovites. Notamment après vous être fait klaxonner par une voiture pressée alors que vous marchiez tranquillement sur votre trottoir (oui, j'ai déjà mentionné il y a longtemps que les voitures roulaient parfois sur les trottoirs). Votre mutation en Madame Irma (prévoir l'imprévisible et tout ça) s'est finalisée lorsque vous avez vu plusieurs fois des véhicules vous klaxonner et piler à 20 cm de vos jambes alors que vous traversiez la route sur le passage pour piétons, petit bonhomme vert allumé (le feu rouge, pour les voitures, ça reste purement décoratif la plupart du temps). Une dernière subtilité moscovite: n'essayez jamais de forcer le passage à une voiture. Si vous voulez traverser, vous attendez. Parce que la voiture préfèrera se prendre un trottoir pour vous éviter et passer (dans le meilleur des cas) ou vous renverser (dans le pire des cas) plutôt que de vous céder le passage. Moscou est une jungle. Moi Jane.
Au sujet des véhicules moscovites (Lada Zhiguli ou Jigouli, Lada Sputnik ou Samara, Lada Volga, Lada Niva ou Lada Kalina), l'habit hivernal des plus vieux modèles est très mignon: à défaut de ramure de cervidé de style américain, ils parent leur avant du plus beau carton pour obstruer la ventilation qui risquerait de refroidir le moteur, déjà suffisamment éprouvé par la température ambiante.
Pour finir, je voulais dire que la neige au sol, c'est dégueulasse. C'est plein de pisse ou de déjections de chien, de vomi d'ivrogne, d'ordures, de terre, de résidus huileux de pollution et j'aime autant vous dire que personne n'attend le printemps et le dégel avec autant d'impatience que moi. Si vous voulez mon avis, lorsque Vivaldi a composé les Quatre Saisons sur la poésie du printemps et tout ça, c'est qu'il n'avait pas connu le printemps à Moscou.
Bon, j'ai parlé des avantages indéniables de la neige. Maintenant je peux mentionner les deux autres facteurs qui rendent l'hiver un peu difficile. J'ai nominé l'absence de soleil (bonjour déprime hivernale) et aussi le vent, qui souffle traîtreusement en continu, vous frigorifiant en un rien de temps, s'infiltrant insidieusement dans le moindre interstice que vous avez eu le malheur de laisser entre deux vêtements et transformant en calvaire une température qui pourrait être supportable s'il n'y avait pas de vent. La partie de votre corps la plus mise à contribution étant votre visage parce qu'à moins de tenter la cagoule, vos joues et votre nez finiront immanquablement gelés. Je sais qu'au lieu de me plaindre, je pourrais me tartiner le visage de saindoux ou de graisse d'oie pour me protéger du froid mais non. Pour le coup, je ne suis pas très chaude pour tenter ce genre de recette. Ouverte d'esprit, oui, certes, jusqu'à un certain point...
En outre, il est fortement recommandé d'utiliser son bon sens et de ne pas sortir sans gants (J'ai testé une fois. Cinq minutes sans gants ont suffi pour que le dessus de mes mains prenne un très seyant aspect de vieille croûte de fromage), sans bonnet (Bobo les n'oreilles ! Et mettez votre coquetterie au placard pour mettre un vrai bonnet qui vous couvre jusqu'aux yeux. Pas besoin de pousser jusqu'à la chapka, qui, même si elle est très à la mode ici, reste assez difficile à porter et n'est pas forcément très pratique), sans écharpe (Bonjour angine !), sans long manteau (N'aïe les cuisses !!!), sans pantalon, etc. N'oubliez pas que les tongs et le bikini ne sont plus de saison et que même si une partie de la gente féminine martienno-moscovite continue à arborer la mini-jupe et les talons hauts dans la neige par - 20°, vous n'êtes pas cuit(e) dans le même moule donc vous ne pourrez pas tenter ce genre d'exploit, comme vous serez incapable de vous baigner dans une eau rendue accessible par un trou de la glace.
A propos de glace, je voudrais signaler à ceux qui me disent qu'il ne fait pas très froid que la Moskova a plus une tête de bout de banquise que de rivière. Il ne manque que les pingouins. La température ne doit donc pas être si tropicale qu'on le prétend. Par contre, la Iaouza (petite rivière très polluée et très puante qui passe devant BMSTU) ne présente toujours aucun signe de gel quand les étangs du parc Lefort qui sont de l'autre côté de la route sont complètement pris par la glace. Peut-être est-ce à cause de la quantité importante d'égoûts qui se déversent dans ce cours d'eau, contribuant ainsi à le réchauffer.
Ceci clôt le chapitre sur le froid et ses effets. En conclusion, l'hiver est peut-être exceptionnellement chaud mais il est déjà assez glacial et pénible pour moi qui suis une douillette qui, quand il fait moins beaucoup dehors, préfère rester sous la couette à boire du thé russe importé d'Angleterre.
Brève de cité U - Entomologie
Dans la vie dans la résidence, il y a eu un grand jour qui restera marqué à jamais dans la mémoire universelle: nous avons eu (enfin) un traitement des chambres et des cuisines pour juguler la population des blattes et des punaises de lit. Jusque là, les habituels hôtes indésirables des chambres ne s'y baladent plus mais ils ont été remplacés par les araignées, ce qui ne m'arrange pas vraiment vu que je souffre d'une légère arachnophobie, plus gênante que mes simples pulsions de destruction visant les blattes. Dans les cuisines, l'opération a été efficace une dizaine de jours mais les oeufs épargnés ont commencé à éclore et les bébés blattes se multiplient pour tenir compagnie aux mouches.
Brève de cité U - Le feu, ça brûle
Une autre nouveauté a été l'installation très récente d'alarmes incendie dont l'inefficacité a pu être prouvée par un petit feu qui s'est déclaré un matin (quelques jours après la pause de ces alarmes) dans la cuisine du 14ème étage à cause d'une casserole oubliée sur l'unique plaque électrique fonctionnant encore. Le système ne s'est absolument pas mis en marche et fort heureusement, le feu en question a eu lieu à l'étage où se trouve la surveillante qui a réveillé tout le monde. Je crois qu'il ne faut donc pas trop compter sur ces alarmes qui, comme pour les détecteurs de fumée, sont là pour faire joli et pour donner un illusoire sentiment de sécurité. Personnellement, je compte plutôt sur la faune vespérale ou la population noctambule de la cité U qui fait qu'il y a généralement des allées et venues assez régulières dans les étages, ce qui me met plus en confiance que les dispositifs électroniques mis en place par la résidence et dont le fonctionnement n'a jamais été prouvé.
Brève de cité U - Miaou
Je crois avoir déjà mentionné qu'il y avait habituellement des chats (6 ou 7 pour 2 fois 15 étages) dans la résidence, généralement au rez-de-chaussée et au premier étage. Je trouvais ça plutôt agréable et ça donnait une ambiance un peu plus familiale, moins froide à la cité U. Surtout que ces chats avaient une litière au sous-sol donc ils ne dérangaient vraiment pas. Cependant, depuis un certain temps, il semble que des mesures aient été prises pour les mettre dehors (par -20°...) puisqu'on ne les voit plus. Je trouve ça un peu triste d'autant plus qu'il y a quelques temps, j'entends miauler devant ma porte, j'ouvre pour voir ce qu'il se passe et une petite minette toute maigrichonne entre en trombes dans ma chambre, visiblement effrayée par je-ne-sais-pas-trop-quoi. Pendant une bonne heure, elle a exploré ma tanière du sol au plafond, piqué un petit roupillon et mangé quelques bricoles avant de repartir vivre sa vie dans les couloirs de la résidence. Depuis, elle avait pris l'habitude de monter jusqu'à notre étage, fort probablement parce qu'elle était affamée et qu'elle ne trouvait aucune pitance digne de ce nom dans les cuisines des étages inférieurs. Avec d'autres habitants de l'étage, nous avions pris l'habitude de la nourrir à tour de rôle et elle n'avait rien à faire de la langue qu'on parlait du moment qu'on lui donnait à manger. Je trouvais ça sympa qu'on soit unis pour prendre soin de cette petite bestiole mais bon, l'administration a dû décider que ce n'était pas de bon ton... Selon moi, elle a pris cette décision suite aux plaintes d'une surveillante particulièrement...particulière (voir ci-après).
Brève de cité U - Philippique pour Nina la diéjournaya
Donne comme matière première à une usine de corned beef à la science comme sujet d'étude Nina, maritorne particulièrement blèche dont l'hideur n'a d'égale que la stupidité. Blonde décolorée à poils courts, de petite taille, callipyge et très hargneuse. Vous développerez immanquablement une forte aversion pour cette emmerdeuse de la première heure qui hante les corridors de la résidence depuis des temps immémoriaux. Elle est l'équivalent féminin du croque-mitaine et a un pouvoir de terrification pire que le monstre du placard, le pont des enfants perdus, le fantôme à la quiquette tordue ou le banc du loup en face du cimetière. Son iniquité vous fera prendre conscience des grandes capacités de la connerie humaine. Fonctions secondaires: en plus d'avoir des effets laxatifs, cette poissarde peut également servir de punching ball à ses heures perdues. Conserver dans un ergastule jusqu'à utilisation.
Brève de cité U - La diéjournaya et la lobotomie
Il y a aussi une autre surveillante qui est rigolote. Elle est minuscule (1m50 à tout casser), elle a toujours froid (emmitouflée dans deux couvertures, elle mugit si on ne ferme pas les portes d'accès aux escaliers et aux ascenceurs...les courants d'air, vous comprenez) et elle est complètement amorphe (sa tension doit frôler les 2 ou 3 dans les bons jours). A mon avis, elle fume du cannabis. Ou alors, elle a subi une ablation du cerveau. Je ne vois aucune autre explication à son apathie et au fait qu'elle semble aimer lire les interviews de Paris Hilton.
Brève de cité U - Le cure-vide-ordures
Un autre personnage singulier de la cité U est le monsieur qui débouche le vide-ordures. C'est un homme d'un certain âge, grisonnant, au look d'aviateur, maigre comme un clou et toujours muni d'une longue barre de fer incurvée à son extrémité. La tâche qui lui est dédiée est d'engouffrer la moitié de son corps efflanqué dans la bouche du vide-ordures pour défaire à coups de tige métallique les bouchons de poubelles qui obstruent le passage.
Il me fait un peu penser aux gravures des personnes munies d'un long crochet pour ramasser les victimes du choléra (d'ailleurs, soit dit en passant, je voudrais faire remarquer sur la carte de Wikipédia, la Russie fait partie des pays où l'on trouve encore le choléra) ou de la peste au Moyen-Age. Bon, d'accord, l'image est un peu morbide mais c'est vraiment ce que m'évoque cet homme, excusez-moi, il s'agit probablement d'une réminiscence provenant de mes livres d'histoire.
La diéjournaya expliquée aux enfants
Comme je présente les premiers signes d'un Alzheimer extrêmement précoce, je ne me souviens plus si je vous ai déjà expliqué ce qu'était la diéjournaya (ou le diéjournyi si c'est un monsieur). C'est pourtant une personne incontournable à Moscou, que ce soit dans la cité U, dans le métro ou dans les musées. Le sens premier donné par le dictionnaire est "personne de service", ce qui, en somme, est plutôt creux et vide de sens. En fait, la diéjournaya, ça peut être n'importe quoi: une secrétaire, un chien de garde, une garde-chiourme, une femme de ménage, une indic, un objet décoratif de mauvais goût, une concierge, une nounou, un cache-pot, une jardinière, une faiseuse de morale quand on rentre tard, bref, n'importe quoi. Souvent, elle est aussi utile que la Marine Auvergnate mais bon, elle fait partie du paysage et puis ça crée des emplois.
Brève de cité U - Disfonctionnement de la cité U
Du point de vue technique, la cité U est toujours parfaitement vivable même s'il fait froid (en dehors des petits soucis de fenêtre que j'ai mentionnés précédemment) et les chambres sont relativement bien chauffées. Bon, bien sûr, comme rien n'est parfait, il y a des fois où les choses ne marchent pas: par exemple, internet qui disfonctionne pour la Xième fois, pas de lumière dans les ascenseurs (les prendre dans le noir est particulièrement flippant parce que lorsque notre vue est en sommeil, notre ouïe s'affûte et leurs bruits déjà habituellement inquiétants sont décuplés et bonjour les chocottes) ou deux jours sans eau chaude dans la salle de bain mais bon, comme il n'y a rien à faire, on s'adapte en silence, comme pour le facteur qui semble être en grève depuis plus d'un mois...
Brève de cité U - Guéguerre et mesquineries féminines
Le voisinage imposé a cela d'intéressant qu'on est obligé de côtoyer des personnes et des moeurs qu'on n'aurait pas choisies spontanément. Il arrive qu'il y ait de bonnes surprises mais plus fréquemment, la cohabitation est un peu ardue. Surtout si, comme moi, vous êtes un peu maniaque pointilleux sur les bords.
J'avais déjà mentionné que dans un bloc, deux chambres (une chambre seule et une double) partagent salle de bain, toilettes et couloir. J'occupe la chambre seule du bloc et deux autres demoiselles, une Ouzbèque et une Française, occupent donc la double.
Avec la Française, nous cohabitons en toute intelligence et tout se passe très bien avec elle. Par contre, avec cette poufiasse adorable ressortissante ouzbèque, c'est une autre histoire. Je me permets de vous fournir mon jugement très partial sur elle.
Bon, je n'aurai pas la mesquinerie de l'attaquer sur son physique, sachant que ce qui me pose problème sont plutôt ses moeurs. Sachez simplement que le pénis de mes compatriotes la trouve vaginalement motocultable bien qu'à mon sens, ce soit une planche à repasser avec une tête d'alien mais tout est question de point de vue. Bref. Je ne dirai rien non plus sur son mode de vie vu que je n'ai pas de preuves tangibles que ce soit effectivement une branleuse au sens propre comme au sens figuré.
Ce que je lui reproche ?
- De mettre à fond le même morceau merdeux de techno presque toutes les nuits entre une et quatre heures du matin,
- De mettre à fond sa musique en journée (nous n'avons pas du tout les mêmes goûts musicaux mais je ne lui ai jamais imposé ma musique),
- De se sécher les cheveux pendant une demi-heure devant ma porte entre six et huit heures du matin avec le bruit qu'on imagine,
- De ne jamais remettre de papier toilette (utilisé en commun jusque là),
- De ne jamais remettre de savon (utilisé aussi en commun jusque là),
- De laisser des poils de cul sur le savon commun,
- De ne jamais nettoyer les communs,
- De passer quotidiennement quatre heures (deux le matin et deux le soir) dans la salle de bain aux heures où ma voisine et moi-même avons besoin de nous préparer pour aller en cours ou pour nous coucher en temps normal,
- De prendre un malin plaisir à avoir besoin de la salle de bain quand je suis en train de la nettoyer,
- De casser tout ce qu'elle touche (à ce jour, lunette des toilettes, deux porte-serviette, tuyau de douche, commutateur douche/lavabo du robinet),
- D'enlever la neige sale de ses chaussures dans le couloir et d'attendre que je nettoie (je suis la femme de ménage du bloc en l'absence de ma voisine française),
- D'avoir subtilisé le balai en représailles du fait que je ne remette plus de PQ pour elle (la pauvre a été obligée d'utiliser des serviettes en papier pendant une semaine avant qu'elle se décide à acheter du papier toilette, c'était pathétique)
Oui, oui, je sais, rien de dramatique, je suis un exemple flagrant de mesquinerie féminine. Ben oui, j'avoue. Mais bon, je n'ai jamais été très friande du partage équitable des tâches comme elle l'entend, à savoir que selon elle, c'est à ma voisine française et moi-même de tout nettoyer et de payer ce qu'on utilise en commun. Question de principe mais j'm'en fous, j'me vengerai en douceur et un jour où je serai d'humeur belliqueuse, j'lui éclaterai la tronche à coups de pelle. :)
Brève de cité U - Cuisine birmane
Ce mois-ci a été pour moi très riche en découvertes gustatives. En effet, en échange de crêpes et de transmission de savoir-faire quant à la réalisation de ces dernières, j'ai pu goûter (et me régaler. Sans ironie.) de mets birmans (ou pas vraiment birmans mais cuisinés par les Birmans). Par exemple le tofu à la sauce piquante, le porc au piment, le riz frit aux feuilles de thé, les tripes de porc, la salade de tofu aux germes de soja et au piment, le porc au soja, les poivrons farcis au piment, la soupe de pois pas cassés au poulet et au piment, les samoussas fourrés pomme-de-terre, carotte et chou, la soupe de poisson aux vermicelles de riz, d'autres trucs non identifiés mais très bons, etc, le tout se mangeant généralement accompagné d'un riz thaï nature et très parfumé.
J'ai donc découvert une cuisine très épicée (conseil aux ...hum... on va dire aux âmes sensibles: se munir d'un tube de préparation H), riche en goût et en couleurs, nettement plus impressionnante que l'insipide borchtch et la cuisine russe de façon générale.
Brève de cité U - Cuisine vietnamienne
Si j'ai vraiment testé avec confiance et un immense plaisir la cuisine birmane qui est élaborée et n'utilise pas de trucs trop étranges (à mes yeux d'Européenne), j'émets quelques réserves au sujet des mets préparés par les Vietnamiens. Quelques exemples. Le premier, la cuisson de la boîte de sardines, qui reste fort heureusement un phénomène assez marginal (comme la consommation en Papouasie de sandwich aux essuie-glace sauce Sanibroyeur). La recette de ce délicieux plat est simple: posez la boîte de sardine fermée sur une plaque électrique jusqu'a ce que la boîte gonfle. Retirez du feu sans vous brûler. C'est prêt, bon appétit.
Un autre exemple est la soupe de tête de poisson. Il suffit de prendre une tête de saumon et de la faire bouillir avec d'autres trucs. Le plus dur est de résister à la tentation de sauver cette pauvre tête de poisson qui vous adresse un regard mort, larmoyant et aveugle, la bouche figée dans un dernier et muet cri de détresse, l'air de dire "Aidez-moi". Bon, moi, de toutes façons, j'aime pas le poisson, c'est moche, ça pue et c'est plein d'arêtes mais bon, de l'avis général, ce genre de soupe ne met pas grand monde en appétit.
Dernier exemple, de grosses boules de la taille d'un pamplemousse faites d'une sorte de pain brioché blanc et collant, fourrées à la viande, à l'oeuf, aux vermicelles, aux champignons noirs et au poivre. Si le goût de ces choses est agréable, il ne faut pas regarder de trop près le pain qui, comme je l'ai indiqué, est collant. Suite à cette caractéristique et aux notions d'hygiène un peu particlières, il ramasse une quantité assez importante de petites particules. A défaut de fibres alimentaires, votre organisme recevra plein de fibres textiles. :)
L'aperçu de la cuisine vietnamienne que j'ai ici n'est probablement pas très représentatif des mets vernaculaires mais pour ce que j'en vois, ça ne donne pas très envie...
Gastronomie (?) russe
Y'a-t'il vraiment une gastronomie russe ? Je suis tentée de répondre que non parce qu'en parlant de gastronomie, on veut parler d'un art de la bonne chère (cf P'tit Robert). A mon sens, la cuisine russe ne relève pas d'un quelconque art culinaire puisque qu'il s'agit uniquement de nourriture propre à remplir un estomac humain ou de boissons faites pour ennivrer un être humain. Et le plaisir des papilles ? C'est triste à dire mais il peut aller se faire astiquer le couloir à lentilles chez les Grecs sodomites.
Je ne vais pas faire une catilinaire contre la cuisine russe mais j'avoue que je suis assez déçue par les plats désespérément fades puisque les seuls aromates utilisés par les Russes sont l'aneth, l'oignon, l'ail, le persil et le sel.
J'ai été particulièrement déçue par le borchtch (soupe de betterave, pomme-de-terre, boeuf et ail) qui est insipide et par la salade Olivier qui est un assemblage de dés de pomme-de-terre, petit pois, carotte, concombre et semelle de chaussure censée être du boeuf, le tout étant noyé dans la mayonnaise. Désappointée aussi par les pelménis (sorte de gros tortellinis en beaucoup plus fades), généralement fourrés avec une viande d'origine indéterminée (ça n'est pas pire que les raviolis, remarquez) bien que certains Russes supputent qu'il s'agisse de viande provenant du meilleur ami de l'homme, le toutou. Ceci dit, je pense qu'il s'agit de légendes (ou peut-être pas) mais quoiqu'il en soit, je crois qu'il vaut mieux rester dans l'ignorance concernant le fourrage.
J'ai été dégoûtée par les poissons séchés (c'est comme du chewing-gum en plus élastique et avec un goût de poisson plus prononcé) ou fumés (si vous arrivez à passer outre leurs têtes affreusement déformées, le mets en question n'est pas très succulent).
Ma déception s'est aussi portée sur les fromages russes au goût infâme (notamment le fromage fumé ou la roulade de fromage bizarre au poivron), les saucissons immondes (si, si, c'est possible) et les pois fumés.
En outre, la sur-utilisation des graisses animales (crème et beurre) me laisse penser que le taux d'alcoolémie des Russes n'a d'égal que leur taux de choléstérol (ce qui expliquerai en partie pourquoi la plupart des Russes de plus de 30 ans souffrent de surpoids, les hommes russes développant une bedaine impressionnante pour accompagner leur gynécomastie).
Personnellement, je trouve que les seuls mets russes qui valent le détour sont le pain noir au cumin et les petits pains fourrés à un peu n'importe quoi, qui sont franchement succulents. J'ai nommé la sloïka (pâte feuilletée fourrée à ce qu'on veut), le tchebourek (c'est comme un beignet mais en plus gras. Fourré au fromage généralement), le pirojok (petit pain brioché fourré à ce qu'on veut), le samssa (triangle de pâte fourré à la viande), etc.
Concernant les boissons, la bière a le goût de bière, comme dans tous les pays du monde (sauf aux Etats-Unis) et elle ne se vend qu'à des formats supérieurs ou égaux à 50 cL. La vodka est aussi dégueulasse que n'importe où sauf qu'elle est 10 fois moins chère, les vins géorgiens sont tellement coupés à la vodka qu'on voit la ligne de démarcation entre la vodka et le vrai vin, le champagne russe est très loin du champagne franco-français, le bordeaux russe (Bordeaux AOC fabriqué et embouteillé en Russie... comment ça "contrefaçon" ?) est cher et aqueux et le vin russe se rapproche de la piquette.
Les coups de coeur que j'ai eu ici se sont portés sur le kvas (bière de pain) et sur le jus de canneberges.
Et je dois aussi vous détromper sur deux choses: les blinis tels qu'on les connait en France (épais et d'un diamètre d'environ 10 cm) n'existent pas en Russie et le blini désigne simplement la crêpe. Les cigarettes russes de Delacre sont importées comme en France et n'ont aucune origine russe. Voilà, ceci est dit.
Sinon, côté légumes, les Russes aiment beaucoup les brassicacées (la Russie est 3ème producteur mondial de chou derrière la Chine et l'Inde) : chou marin russe (je sais, je vous l'ai déjà faite), chou-fleur, brocoli, chou de Bruxelles, chou-rave, chou-navet, rutabaga, chou chinois, chou vert, chou rouge, chou blanc, chou romanesco, chou frisé, chou cavalier... Et ils ont aussi un amour particulier pour les légumes rustiques tels que betteraves, radis, navets, carottes énormes et bien terreuses, céleri et autres tubercules comestibles. Bon, encore, ça, ça ne me gêne pas parce que j'aime bien les rhizomes et racines (même si mes préférés sont les crosnes et les topinambours, qu'on ne trouve pas ici).
Les Russes raffolent aussi des concombres mais qui ne sont pas comme ceux qu'on a en France. Ce qu'ils appellent concombre ressemble plus à un cornichon de la taille d'une saucisse de Morteau ou d'un diot de Savoie et son goût est entre le cornichon et le concombre. Il en existe de nombreuses variantes: cru, cuit, mariné aux herbes, mariné avec d'autres herbes mais je n'ai pas tout goûté parce que je hais le concombre. Ces cornicombres se mangent généralement en accompagnement de la vodka en parallèle avec le poisson séché.
Marché vietnamien
J'ai accompagné plusieurs fois les Birmans à un marché vietnamien caché au milieu d'un marché typiquement russe où l'on trouve notamment des manteaux de fourrure et des contrefaçons. Le marché vietnamien est constitué par deux ou trois allées de boutiques. Il y règne une odeur très forte et très...heu...particulière. On y voit par exemple des poissons se faire tuer et découper sur le sol, des têtes de porc, des pieds de porc, des jeunes filles inspectant avec intérêt des oreilles de porc, des parties que je ne saurai identifier du porc, des rangées de pattes de poulet, des canards et des poulets avec leurs têtes et leurs pattes qui vous regardent de leurs yeux morts, des calmars et des crevettes visiblement congélés et décongelés un certain nombre de fois, des fruits et légumes qu'on ne peut trouver nulle part ailleurs à Moscou, des os de porc gros comme votre poignet se faire couper d'un coup de hachoir sur des billots de bois, etc.
Pour être honnête, c'est franchement étrange d'aller là-bas et ce, pour plusieurs raisons. D'une part, j'ai dû affronter mon dégoût. Je suis habituellement peu friande des abats et des parties animales qui ressemblent trop à des parties animales. D'autant plus qu'en France, on a pour habitude de fortement aseptiser la vente de nourriture de provenance animale. Les Vietnamiens ne prennent pas autant de pincettes (mais ça n'est pas forcément plus mal, il faut juste faire un peu plus attention à ce qu'on achète et ne pas avoir peur de se nourrir de choses qui était voisines d'un bac contenant des yeux de je-ne-sais-pas-trop-quelle-bête). J'avoue que la première fois, ça m'a fait un choc mais bon, je me suis habituée et maintenant, je vais acheter mon tofu et mes tripes de porc toute seule comme une grande fille :).
L'autre raison qui a rendu ces excursions un peu surnaturelles à mes yeux est que dans ce marché, l'étrangère, c'était vraiment moi, propulsée dans un autre monde. J'étais la seule blanche au milieu d'Asiatiques qui n'ont visiblement pas l'habitude que des gens comme moi s'aventurent en ce lieu pour se fournir en nourriture habituellement réservée aux Asiatiques. J'ai récolté des regards insistants et curieux (et des questions, mais pas directement, les marchands préférant s'adresser à mes compagnons) mais absolument aucune méchanceté contrairement à l'attitude des Russes envers les étrangers qui n'ont pas le "teint réglementaire". Enfin, c'est une sorte de micro-voyage dans un autre pays qui s'effectue sur trois allées de boutiques et c'est sympa.
D'ailleurs, je crois que si j'en ai la possibilité, ma prochaine destination sera l'Asie du Sud-Est mais peut-être ne sont-ce que des projets de châteaux en Espagne, on verra bien ce que me réserve l'avenir...
[ndlr: fin de la première partie. Pour des raisons de commodité et pour ne pas vous laisser plus longtemps dans l'attente insoutenable de la suite de mes péripéties, j'ai décidé de scinder en deux parties cet article pour vous offrir ce qui est déjà écrit. La suite viendra...heu...ben...quand je l'aurai rédigée :)]
[PS: ndlr bis: désolée pour les nombreuses coquilles que j'avais oubliées (orthographe et oubli de barrage). Toutes mes plus plates excuses.]
17 décembre 2006
Nouvelles en vrac
Oui, oui, je sais, mon blog n'est pas vraiment "temps réel" mais pitié, ne m'en voulez pas, j'ai plein de mauvaises bonnes excuses (que je ne vous donnerai pas pour éviter d'exposer au grand jour la flagrante mauvaise foi que j'utilise pour camoufler mon indolence).
Donc, après 10 jours de silence radio, je vais essayer de faire un peu violence à mon cortex paresseux pour assouvir votre insatiable soif de mes brillantes inepties mi-figue, mi-raisin.
Tout d'abord, cette semaine, comme bien d'autres avant elle, a été rythmée par les entrevues avec ma tutrice (à raison de trois séances d'une heure et demie à deux heures). Que faisons-nous pendant ce temps-là ? Non, non, nous ne prenons pas le thé en discutant des absurdités d'un quelconque magazine féminin destiné à récurer le cerveau des lectrices tout en les aidant à se sentir suffisamment moches pour qu'elles courent acquérir la dernière crème anti-rides ou anti-cellulite aux céramido-aminases de provitamine X13 qui les aidera à se sentir mieux en une nuit et sans effort (comme le disent les 90% de satisfaction des cobayes humains ayant testé sur elles-mêmes ladite crème) parce que dans notre joli monde plein de bisounours roses et de petites fleurs qui sentent bon, le mal-être des gens, ça fait marcher le commerce. Youpi ! Mais je m'écarte un peu du sujet.
Donc, pour en revenir aux entrevues susnommées, leur déroulement est assez simple et immuable. Une fois que nous avons réussi à nous trouver au même endroit en même temps, ma tutrice et moi-même nous disons bonjour, nous enquérons mutuellement par pure politesse de comment nous nous portons, discutons cinq minutes de l'actualité quand il y a lieu puis elle m'aide à me préparer à l'examen pour sa propre matière (puisque je suis un cours avec elle).
Je ne sais plus si je vous ai dit que tous les examens, dont l'ombre effrayante approche au galop, se passent à l'oral (en russe, bien évidemment) et leur préparation se fait donc également à l'oral. Les rendez-vous avec ma tutrice sont par conséquent assez éprouvants pour moi en raison du surplus inhabituel d'utilisation de la langue russe dont je dois me servir.
Bien sûr, c'est un "mal" nécessaire mais je sors de ces entretiens vidée de toute substance parce que toutes mes ressources processeur sont exploitées pour que mes connaissances en grammaire se mettent en pratique en temps réel afin de décliner correctement pronoms, adjectifs, noms et chiffres, pour que les mots me viennent à l'esprit, pour conjuguer de façon adéquate, etc. Il est vrai que ces tête-à-tête me contraignent à assimiler pas mal de vocabulaire mais les doses massives me conduisent souvent à une indigestion qui clôt ensuite pour un temps certain mon cerveau à toute chose à apprendre ou de façon plus générale, à tout ce qui demande un tantinet de réflexion.
D'un point de vue plus concret, ma tutrice m'a donné une liste de 45 questions susceptibles d'être posée lors de l'examen, elle me dicte certaines réponses que j'apprends ensuite plus ou moins par coeur pour être capable de les ressortir en les mettant un peu à ma sauce.
Comme je l'ai déjà mentionné, ces entrevues sont assez difficiles avant, pendant et après mais heureusement, ma tutrice est vraiment très gentille et elle se montre compréhensive avec moi, ce qui me facilite un peu la tâche et j'ai la chance qu'elle s'occupe bien de moi, ce qui n'est pas le cas des autres Français à qui on a assigné des tuteurs ou tutrices légèrement je-m'en-foutistes d'après ce qu'ils m'en ont dit.
Samedi dernier, j'ai aussi participé à une fête au parfum international pour célébrer l'anniversaire d'un Français et d'un Italien qui vivaient dans notre cité U. En dehors du côté anecdotique de la chose, les soirées auxquelles je suis allée depuis le début de l'année ont souvent eu ce que j'ai appelé le "parfum international" parce qu'elles ont regroupé pour un soir des jeunes gens français, russes, tchèques, italiens, etc (ce qui rend d'ailleurs les présentations un peu inhabituelles voire surréalistes puisque la première question posée n'est pas pour savoir comment se nomme notre interlocuteur mais de quelle nationalité il est et quelle langue il parle, sachant que les premiers contacts se font en russe vu que c'est la seule langue que la totalité des participants aient en commun).
De ce point de vue, ces célébrations représentent beaucoup plus qu'une simple occasion de boire un coup entre amis. C'est une façon de se lier d'amitié (peut-être pas jusqu'à ce point-là...il s'agit en fait de parler un moment et d'échanger nos numéros de téléphone pour se revoir ultérieurement, s'échanger bons plans, recettes et photos ou pour se rendre divers services) avec des personnes qu'on n'aurait probablement rencontrées autrement et de parler russe sans complexe avec un cercle de jeunes gens qui ont développé la patience nécessaire pour écouter et comprendre le langage russe des étrangers qui est souvent loin d'être parfait.
Dimanche dernier, je me suis ensuite attelée à la lourde mission quasi-divine de préparer des crêpes en quantité suffisante pour nourrir tout l'étage. Ma production crêpière a d'ailleurs été qualifiée de stakhanoviste par l'un des Français pour lesquels j'avais concocté le tout. Devant les regards curieux des Birmans qui passaient dans la cuisine, j'en ai profité pour prêcher le plaisir crêpier en leur proposant de les goûter.
A cette occasion, l'un d'eux m'a fait goûter une curieuse soupe de poisson (je suis une warrior ! ;)), j'ai pu un peu discuter avec lui vu qu'il parle très bien anglais et il m'a raconté quelques bricoles au sujet de l'Académie Militaire d'où viennent la plupart des Birmans étudiant à Moscou. Ben, c'est pas la joie.
La "scolarité" (c'est plutôt du camp d'entraînement en fait) dans cette université se déroule en 6 ans. Outre les aspects typiques de la plupart des écoles militaires comme les réveils à l'aube, le port de l'uniforme et le sport obligatoire, il y a des choses qui m'ont paru un peu différentes des échos que j'ai pu avoir au sujet des écoles militaires françaises.
Jusqu'à la cinquième année, les jeunes hommes dorment dans des dortoirs (en sixième année, ils ont le droit à une chambre individuelle) où ils n'ont pas le droit de garder de la nourriture. Si l'un d'eux est pris en possession de nourriture, il se fait tabasser par ses chefs. Les coups de ceinturon sont, paraît-il, chose fréquente, encore qu'il semble qu'un arrêt soit entré en vigueur récemment pour interdire ce genre de violence physique.
Ce Birman m'a aussi expliqué quelques exemples de punitions que les supérieurs peuvent infliger aux "élèves". Les chefs peuvent par exemple les obliger à rouler sur eux-mêmes pour aller d'un bout-à-l'autre d'un champ grand comme deux terrains de football. Il paraît que lorsqu'ils sont autorisés à se remettre debout, les punis vomissent tout ce qu'ils ont dans le ventre et que leur corps est presque en sang.
Une autre punition est de mettre les poings du puni sur des canettes posées au sol, de lui surélever les jambes pour que tout son poids repose sur ses mains et de le laisser un certain temps comme ça. Une autre est de demander au puni de rester debout en tenant une chaise au dessus de sa tête pendant une ou deux heure(s). S'il détend les bras, que la chaise repose sur sa tête et que quelqu'un le voit, le puni se fait tabasser.
En dehors des punitions, il semble que les conditions d'hygiène soit quasiment inexistantes et que les "étudiants" n'aient pas accès aux soins. Apparemment, il y a aussi dans la scolarité une part de travail forcé mais je n'ai pas très bien compris de quel genre de travail il s'agissait.
Enfin, il paraît que dans ces camps d'entraînement, les jeunes hommes perdent l'habitude d'être triste ou heureux, ils subissent ou font les choses uniquement parce que c'est comme ça.
Le Birman qui m'a expliqué ça m'a raconté le tout avec un grand sourire qu'il a justifié en me disant que c'était fini maintenant, qu'il se sentait libre à Moscou et que de toutes manières, les choses se passaient comme ça dans son pays qui reste l'un des mauvais élèves en matière d'application des Droits de l'Homme. Je comprends pourquoi.
Bon, mon intention n'est pas de vous faire baisser le moral mais je voulais vous sensibiliser comme je peux à l'un des nombreux problèmes rencontrés au Myanmar (dont l'ancien nom était la Birmanie) qui est un pays au régime totalitaire dans lequel des régions entières n'ont toujours pas l'électricité ni l'eau courante, dans lequel les systèmes de communication sont quasiment absents et où la technologie qui pourrait faire marcher une économie autre que le tourisme n'est pas encore arrivée.
On pense plutôt à la Chine quand on parle de dictature mais je crois qu'il est important de savoir qu'elle est loin d'être un cas isolé. Enfin, quand j'ai dit à certaines personnes de mon entourage que je partais en Russie (enfin, à Moscou, ça diffère fortement de si j'étais partie au fin fond de la Sibérie) et devant leur réaction montrant qu'ils considèrent la Russie comme un pays fortement inhospitalier, je crois qu'il est bon que je précise que la vie ici est loin d'être difficile (pour moi, Française) et qu'à mon avis, il y a plus à plaindre et à blâmer que les Russes et la Russie.
A propos de Russie, revenons à mon nombril et à des sujets un peu plus légers. Mardi, j'ai expérimenté un TP dans une matière différente de celui dont je vous avais parlé il y a un petit moment. Le déroulement a été différent puisque j'étais toute seule avec le prof, ça n'a donc pas été vraiment du travail acharné vu qu'il m'a d'abord offert un café et qu'on a discuté un moment. Ce professeur dont les cours sont soporifiques est un vieux monsieur très gentil. Il m'a expliqué qu'il avait appris le français à l'école (il y a 50 ans), que la France l'intéressait beaucoup et qu'il regardait souvent des émissions sur l'architecture, les villes et les campagnes françaises.
J'ai été assez surprise de l'intérêt qu'il porte à la France mais qui semble ne pas être un fait isolé puisqu'il y a quelques temps, j'étais au marché géant de Tcherkizovskaya et une dame que j'ai croisé m'a lancé plusieurs bonjours insistants en me confondant apparemment avec l'une de ses connaissances. Quand je lui ai dit que j'étais française, elle a appelé deux de ses amies et elles m'ont demandé de parler de la France, de Paris, etc.
Qu'on se le dise donc, les Russes n'aiment pas particulièrement les étrangers mais ils font visiblement une exception pour les Français. J'ai d'ailleurs pu observer l'aversion particulière qu'ont les Russes envers les Américains lors d'une sorte de spectacle étudiant où de nombreux sketchs se moquaient ouvertement de Bush, de Mac Donald, du rap américain, etc.
Ce spectacle rassemblait plusieurs groupes d'étudiants des différentes facultés de BMSTU, notamment les deux grandes "ennemies" Energ' (énergie) et SM (missiles et fusées). Il s'agissait de prestations de qualités et de bon goût avec entre autres de sublimes demoiselles trémoussant leur popotin au rythme de "Barbie girl", hymne qui me fut chère lors de la période acnéique de ma pré-adolescence.
A l'opposé de ce spectacle qui se complaisait dans le médiocre, j'ai assisté mardi dernier à un concert du choeur international de Moscou qui a chanté du Britten et des chants de Noël. Le public et la prestation étaient "super classes" et le concert avait lieu dans une très belle cathédrale (Cathédrale des Anglais, une rare cathédrale gothique dans le centre de Moscou).
Dans la salle, on parle peu russe et de rang en rang, on entend tour à tour du chinois, de l'anglais, du français, du finnois, du danois, etc. Enfin, bref, j'ai bien aimé.
Pour terminer, je me suis lancée dans l'achat d'un téléphone portable et d'une carte SIM russes en ne connaissant que quelques mots utiles comme téléphone, carte SIM, téléphoner, en France, pas cher. Le vendeur a réussi à comprendre ce que je voulais (miracle !) et moyennant la présentation de mon passeport et un petit quart d'heure de mon temps, je suis ressortie avec carte SIM et téléphone en pensant qu'il est rudement plus simple d'acheter un téléphone ici qu'en France.
Bon, voilà, je crois que je vous ai à peu près tout raconté, je retourne donc travailler quelques moments ou faire un peu d'intendance. Je vais essayer de poster un peu plus régulièrement mais je ne peux rien promettre donc d'avance, mes plus plates excuses si le blog reste en jachère encore quelques temps.
04 décembre 2006
Grands espaces
Je crois qu'en voyant un panneau d'indication où la distance indiquée pour une ville est 1236 km, on commence à "mesurer la démesure" totale du territoire russe. L'une des questions engendrée par cette prise de conscience est : Est-il vraiment possible de gérer les transports d'un pays aussi étendu ? Je me suis donc livrée à un très rapide état des lieux.
Maîtriser cette immensité est probablement très difficile, surtout si on tient compte des conditions climatiques extrêmes qui sévissent dans une grande partie du territoire. Il faut ajouter ceci à la grande pauvreté de la population, à l'enclavement de certaines régions faute d'axes de communication, l'absence de moyens et d'intérêt du gouvernement russe vis-à-vis de ces territoires isolés, sans oublier que dans certains endroits de Russie, on vit toujours sans électricité, sans eau courante, sans moyens de communication.
Le pari fou de pouvoir se déplacer dans cette vastitude n'est donc pas gagné d'avance. Il est néanmoins plus ou moins relevé par les Russes puisqu'il est en général possible de joindre entre elles la plupart des villes russes de taille moyenne mais dans des conditions de transport un peu particulières.
Tout d'abord, pour relier deux agglomérations russes, il faut avoir beaucoup, mais alors beaucoup, de temps et de patience puisque, par exemple, une semaine de train est nécessaire pour relier Moscou et Ekaterinbourg (la troisième ville de Russie en population. Si on ne souhaite pas prendre l'un des vols intérieurs, qui sont déconseillés par les Russes eux-mêmes). Il est important aussi d'avoir une motivation sans faille pour prendre les nombreuses correspondances qui vont vous faire sauter de train en train et de bus en bus. Enfin, il vaut mieux être muni(e) d'un moral d'acier pour voyager dans des trains ou véhicules bondés, inconfortables et excessivement vétustes qui ne comportent que rarement des toilettes (pour ne citer que ce petit problème concernant les trains russes).
Ainsi, faute de moyens et d'énergie dépensés pour améliorer les transports russes, il reste très difficile de se déplacer dans les 17 millions de km² de la Fédération de Russie et ça n'est malheureusement pas près de changer.
On notera néanmoins qu'un effort est fait sur le réseau routier : il y a beaucoup de routes pas trop défoncées dans leur ensemble donc à peu près carossables. Cependant, prendre le volant signifie qu'il faut posséder une voiture fiable et beaucoup de sang-froid pour conduire au milieu des Russes pour lesquels le code de la route semble n'avoir jamais existé.
Photo prise depuis le car me conduisant à Serguiev Possad.

















