03 novembre 2006
Périple à Pereslav
Quatre heures du matin quelque part dans la nuit noire moscovite nimbée de brume. La mélodieuse stridence d'une sonnerie de réveille-matin retentit. Une étudiante française émerge difficilement d'un somme de trois courtes heures semées de mauvais rêves.
Une fois ses boules Quiès ôtées et ses yeux ouverts, elle s'accorde un moment pour savourer ce réveil inhabituellement matutinal: le silence environnant, le calme alentour, la sensation étrange de fatigue qui lui emplit la tête, la nuit encore noire et les silhouettes des immeubles rendues floues par le brouillard.
Pour rejoindre le monde des vivants, elle s'offre un petit déjeuner frugal en pensant à la journée qui l'attend : elle va enfin se rendre à Pereslav-Zalesski, une ville de 45000 âmes située au bord d'un lac à 120 km de la mégalopole moscovite. L'étudiante est rejointe à 5h55 précises par le Français qui sera son spoutnik (compagnon de voyage) pour la journée.
Après avoir fait une halte-caresses destinée à l'un des deux chats qui paressent habituellement sur les casiers à lettres du hall de la résidence, les compères quittent tous deux la cité universitaire silencieuse pour rejoindre le métro, curieusement animé à cette heure pourtant matinale. Les deux jeunes gens retrouvent ensuite devant la gare de Iaroslav une étudiante russe qui tenait à les accompagner à Pereslav.
Ils attendent tous trois au milieu de la foule l'elektrichka pour Serguiev Possad de 6h52. A l'arrivée du train, ils sont emportés par une marée humaine qui pousse à qui mieux mieux pour essayer de se trouver devant les portes, ce qui garantit a priori d'avoir une place assise. Ce mouvement de foule fait tomber une dame entre deux wagons qui la traînent sur plusieurs mètres. Heureusement, le train arrivait très lentement et il y a plus de peur que de mal.
Une femme, qui, la minute d'avant, était l'une des premières à pousser, fond en larmes en poussant des gémissements "C'est horrible, c'est horrible". C'est donc les jambes un peu flageolantes que les trois aventuriers prennent place dans le train.
Pendant le trajet, le vieux monsieur assis près d'eux lance une discussion en voyant que l'étudiante française gribouille le portrait d'une voyageuse dans son bloc-notes. Il leur parle de Serguiev Possad et de son école de dessin, de Pereslav-Zaleski, dérivant ensuite sur ses souvenirs d'enfance. Dans le train, beaucoup de jeunes gens ivres titubent en chantant (à 7h du matin...). Bienvenue en Russie.
Le jour se lève un peu avant l'arrivée de l'electrichka en gare de Serguiev Possad où les trois étudiants sont accueillis par l'aube et une température relativement clémente. Étant parfaitement dans les temps, ils se rendent tranquillement à la gare routière pour acquérir les tickets de bus. Ils s'y font sermonner par la guichetière parce que l'un d'eux a payé avec un billet de 500 roubles (15 euros) et un deuxième avec une coupure de 1000 roubles (30 euros), pillant ainsi les réserves de monnaie de la brave dame.
A 8h45, le bus pour Pereslav met son moteur en route et la radio crache de la techno russe pendant que le chauffeur fume une cigarette. Après 1h30 de trajet sur une route uniformément droite dont les ornières sont amplifiées par les suspensions fatiguées du car, les trois compères se retrouvent sur une esplanade un peu sinistre sur le bord de la route. N'apercevant pas le lac auquel ils s'attendaient, ils se renseignent auprès des personnes présentes qui les informent qu'il faut encore prendre un taxi collectif qui fait la navette entre le terminus du bus et Pereslav.
Une dizaine de minutes plus tard, un premier minibus arrive mais il est complet. Le trio frigorifé patiente donc jusqu'à la navette suivante. Lorsqu'elle arrive, un monsieur d'un certain âge dont l'haleine trahit l'absorption récente de boisson alcoolisée les identifie comme étant des touristes et les informe gentiment qu'il y a un musée à l'entrée de la ville.
Les trois étudiants s'arrêtent donc non loin du musée indiqué (musée d'histoire et d'art de l'Eglise de Tous-les-Saints) qui se trouve en fait dans l'un des cinq monastères de la ville. L'ambiance est un peu lugubre: les ciel est couvert, les corneilles croassent et il n'y a pas âme qui vive. Le froid est toujours mordant mais les trois explorateurs font néanmoins le tour du monastère qui s'avère être plus vieux (XIVème siècle), moins imposant et moins bien entretenu que celui de Serguiev Possad mais il inspire tout de même un certain calme malgré les canons qui trônent à l'entrée du musée, témoins aujourd'hui muets de périodes beaucoup moins paisibles.
Au sein des murs blancs du monastère Goritski (monastère "sur la montagne", dont le vrai nom est le monastère de la Dormition), on trouve deux petites églises en bois (l'une a été transformée en caisse et l'autre semble fermée), un petit lac, un buste du prince Youri Dolgorouki (l'homme qui a fondé Moscou en 1147 et Pereslav en 1152), une église blanche apparemment fermée, une cathédrale rose et le réfectoire abritant tous les deux un musée, le tout entouré d'arbres fruitiers et de pelouses.
Pour retrouver un peu de chaleur, le trio décide d'entrer dans le musée qui s'avère être plutôt d'un assemblage hétéroclites d'objets en tous genres. Des iconostases et autres oeuvres de l'art religieux. Des tableaux de peintres contemporains habitant Pereslav ou les environs. Des objets datant de la deuxième guerre mondiale avec un écran plat dernier cri, un peu anachronique, sur lequel défilent des images de l'époque. Une pièce sur l'invention de l'appareil photo (sponsorisée par Kodak). Une autre sur l'usine de dentelle qui se trouvait apparemment dans les environs. La reconstitution d'un salon bourgeois du début du siècle. Une salle qui rassemble des objets de la Russie rurale (métier à tisser, poteries, tenues traditionnelles).
Dans ce sanctuaire austère mais surprenant, des surveillantes sont stationnées toutes les deux salles pour allumer la lumière à l'arrivée des visiteurs et veiller à ce qu'aucune photo ne soit prise. Le tour du musée terminé, les trois protagonistes de ce récit mouvementé grimpent dans deux des tours d'enceinte du monastère. Ce dernier se trouvant sur une colline (appelée traditionnellement colline du Salut*), il domine la plaine en offrant un panorama qui sonne très "russe": les coupoles dorées des églises et cathédrales scintillent au milieu d'un paysage désolé fait d'isbas (maisons en bois) et de broussaille marron.
Comme tous touristes qui se respectent, les trois étudiants prennent quelques clichés de la vue qui s'étale devant eux puis descendent de leur perchoir, direction le "botik" (qui est un petit bateau nommé Fortune, datant de la fin du 17ème siècle, construit avec l'aide du tsar Pierre 1er lui-même).
Seul problème pour aller jusqu'à cette relique, elle se trouve à 3 km du monastère que le trio vient de visiter et le village de Veskovo où se trouve le bateau n'est desservi que par deux bus par jour. Les trois aventuriers de l'extrême décident bon gré mal gré de s'y rendre à pied, dans le froid et la famine (il est 13h30 et n'ayant encore déniché aucun endroit où il était possible de se restaurer, la tartine de pain au pain de 4 heures semble loin, surtout pour la Française-estomac-sur-pattes).
Le trio marche donc un temps certain sur le bas-côté tapissé d'une moquette d'aiguilles de mélèze à la vive teinte jaune. A leur droite, les trois jeunes gens peuvent observer le lac Plescheïevo et l'étendue de broussaille brune qui le borde. De l'autre côté, des forêts de bouleaux et de mélèzes se succèdent sur la longue butte qui longe la route.
A l'entrée du village, on peut voir une isba multicolore dont le toit est décoré d'une théière blanche. La petite maison de bois est en fait un musée de la théière dans lequel les trois étudiants s'arrêteront au retour. Dans Veskovo, ils voient des tabourets sur lesquels trônent des légumes et des fruits mais les babouchki qui les accompagnent habituellement ont dû rentrer se mettre au chaud et elles sont invisibles. Ayant presque traversé la petite agglomération, le trio aperçoit sur sa gauche un petit chemin qui monte dans un bois de sapins dont une petite pancarte indique que le musée de la Marine (où se trouve le bateau de Pierre le Grand) est dans cette direction.
Il commence à pleuvoir quand le trio arrive aux abords d'un bâtiment jaune aux colonnades blanches, encadré par deux grosses ancres, qui s'avère être le musée abritant le fameux botik. Là encore, il ne s'agit pas vraiment d'un musée. C'est une seule grande pièce gardée par deux dames peu aimables où l'on fait le tour dans le sens des aiguilles d'une montre (pas dans l'autre sens, sinon on se fait rappeler à l'ordre par les gardiennes...) du fameux bateau. Le fond de ce navire de bois sombre est tapissé de pièces puisqu'encore une fois, ce lieu semble être propice à faire un voeu. Le tour du "musée" est vite fait et les trois étudiants redescendent la colline pour aller au bord du lac.
Le lac en question paraît très grand (il fait 6,5 km de large et 9,5 km de long) et trois barques colorées sont ballottées par l'eau agitée. Il continue de pleuvoir donc les trois jeunes gens quittent les rives boueuses du lac pour prendre le chemin du retour.
En route, ils s'arrêtent au musée de la théière signalé ci-avant, ce qui offre l'occasion aux deux Français d'entrer pour la première fois dans une isba. La maison de bois est constituée de deux pièces (dont l'une abrite le musée et l'autre une petite boutique de souvenirs) unies par une sorte de four en pierre qui diffuse une douce chaleur dans l'habitation.
Dans l'unique pièce du "musée", une jeune fille fait marcher un vieux tourne-disques qui émet des couinements censés retranscrire un disque qui doit être rayé. Sur des étagères fixées au mur, un assemblage bigarré d'objets, de la théière au fer à repasser en passant par une antique tondeuse rouillée.
Un peu affamés (il est maintenant 15 heures), le trio se remet en route puis, en arrivant dans Pereslav, se lance à la recherche d'un endroit où se restaurer. Deux jeunes filles renseignent les trois touristes en gloussant pendant qu'une femme tire de l'eau d'un puits à non loin de là.
Les trois jeunes gens finissent par dénicher une épicerie qui vend des pirojki, tcheboureki et autres pains huileux fourrés de la gastronomie russe. Ils mangent leur collation assis sur des tabourets en plastique recouverts de coussinets en patchwork, en écoutant une minuscule télévision en noir et blanc qui grésille à cause de la réception médiocre. Pendant leur repas, plusieurs hommes entrent pour acheter soit une bouteille de vin, soit une bouteille de vodka. Bienvenue en Russie bis.
Enfin, le trio va attendre le taxi collectif qui doit les ramener au bus. Malheureusement, la navette tarde à arriver et quand les trois protagonistes montent enfin à bord du minibus, il est 16h20, heure à laquelle leur car est censé partir de l'esplanade où les emmène le taxi collectif. Par chance, lorsqu'ils arrivent à la-dite esplanade, un bus direct pour Moscou s'apprête à partir et ils ont juste le temps de courir pour atteindre l'autobus qui part sur le champ.
Deux heures plus tard de somnolence et de soubresauts, les voici de retour à Moscou, les joues brûlées par le froid mais franchement dépaysés par cette charmante ville de pêcheurs unique dans les environs de la capitale russe. L'agglomération est certes un peu sordide mais finalement, elle a un certain charme malgré la misère qui s'en dégage. Les gens sont beaucoup plus chaleureux qu'à Moscou et ils semblent prêts à partager le peu qu'ils ont. Le problème est que le sentiment qu'on ressent dans ces villes qui reflètent probablement un peu plus ce que peut être la Russie hors de la capitale est assez difficilement exprimable. Actuellement, la rédaction n'est pas capable de trouver les mots pour le dire et elle vous demande de l'en excuser.
* Chaque ville russe a sa colline du Salut (Pereslav en a même deux), du haut de laquelle les voyageurs, dès qu'ils apercevaient la ville, s'inclinaient pour la saluer et faisaient le même geste après l'avoir quittée.
NB: comme d'habitude, les photos seront bientôt en ligne dans un album qui s'appellera "Pereslav".
14 octobre 2006
Serguiev Possad - le retour
Il y a une paire de jours, pleine de
bonnes intentions et d'envie de respirer autre chose que les vapeurs de
pollution de Moscou, j'avais proposé aux Français et à un Tchèque
(arrivé ici il y a peu) de nous rendre aujourd'hui à Pereslav-Zalevski,
une agglomération qui avait l'air intéressante. Son intérêt majeur est
que, même si elle recèle apparemment des endroits particulièrement
beaux, la localité en question n'est que peu touristique, ce qui
implique qu'il y a une forte probabilité qu'elle soit un peu plus
authentique que Serguiev Possad qui sonne par endroits comme du
Disneyland pour touristes.
Le seul léger problème des villes peu
touristiques est que, contrairement aux destinations "bateaux", elles
sont mal desservies par les transports en commun. Bon, bien sûr, nous
avons songé à louer une voiture mais, entre autres raisons qui font que
ce n'est pas possible, nos permis de conduire ne sont pas valables ici,
c'est bête.
Avec un autre Français qui maîtrise mieux le russe
que moi, je suis donc partie en quête de renseignements concernant le moyen
qui nous permettrait de franchir les 170 km qui séparent notre vie
quotidienne et citadine de l'éden rural promis par Pereslav.
Après avoir attendu un temps certain comme de coutume en Russie, la guichetière aimable comme une lamie
nous répond brièvement qu'aucun train ne dessert Pereslav. Un homme qui
patientait derrière nous et qui a entendu nos efforts de communication
laborieux nous explique qu'il faut prendre l'elektrichka (équivalent
d'un vieux TER, enfin, en pire) jusqu'à la ville de Serguiev Possad au départ de laquelle il y a un bus qui s'arrête à Pereslav.
Nous n'en apprendrons pas plus ce jour-là.
Le
lendemain (vendredi 13), après m'être levée de bonne heure sur les
douze coups de midi, une montée de perfectionnisme me convainc qu'il
est de mon devoir de tout faire dans les règles de l'art pour préparer
cette expédition. Je décide donc de me déplacer jusqu'à Serguiev Possad
pour obtenir sur place les informations à propos du bus, songeant
qu'accessoirement, c'est une opportunité de refaire quelques photos
pour remplacer celles de la fois précédente qui étaient passablement
ratées.
En allant à la gare, je pense à vous et prends quelques
clichés de la station de métro Komsomolskaya, considérée comme la plus
belle du métro moscovite (fotales disponibles ici).
En montant dans l'elektrichka, j'ai une petite sueur en voyant à quel
point le train est bondé mais qu'importe, il en faut plus que ça pour me
faire renoncer :). Je suis montée dans le premier wagon et après avoir
traversé tout le train, j'ai finalement trouvé un demi-siège libre dans
le 18ème (si j'ai bien compté) et dernier wagon.
Comme
d'habitude quand je voyage en train, pendant l'heure que dure le trajet, j'observe ce que
j'appelle les "scènes de train": le vieux monsieur endormi à côté de
moi dont la tête et les derniers cheveux dodelinent au rythme régulier
du train; les vieilles dames qui font des sudokus et qui demandent
parfois à leurs voisins et voisines de leur lire les nombres qu'elles
n'arrivent pas à déchiffrer; les voyageurs, jeunes et vieux, qui lisent
debout dans les allées; les marchands ambulants un peu crasseux qui
passent en criant ce qu'ils ont à vendre, des glaces, des pirojki
(petits pains fourrés), des boissons ou des baies (des airelles je crois).
Les barres de
béton et les pilônes électriques de la banlieue moscovite font place au
fur et à mesure aux forêts de bouleaux qui ont revêtu leur habit
d'automne jaune et blanc. Pendant que le paysage défile, le wagon
s'emplit de la chaleur moite et de l'odeur fauve des 200 êtres humains
réunis le temps d'un voyage dans la voiture de queue (pas de
commentaires salaces s'il vous plaît).
En arrivant à Serguiev
Possad, je suis accueillie par l'étal des babouchki qui vendent leurs
légumes et mes papilles se mettent en alerte devant une grosse
courgette jaune qui fera le tour de la ville dans mon sac (non sans
l'avoir auparavant amoureusement enroulée dans mon écharpe pour ne pas
la meurtrir avec les contours anguleux de mon appareil photo ou de mon
dictionnaire. Je vous prie de ne pas avoir de pensées déplacées à propos de ma courgette. Merci.).
Je passe à la gare routière, obtiens relativement
facilement les informations autobussières que j'étais venue chercher et
qui n'ont aucun intérêt pour vous.
Je m'aventure ensuite sur un
petit chemin défoncé bordé de datchas (si j'étais rigoureuse, je
devrais dire "datchi", comme je le fais avec la babouchka et les
babouchki, mais "datchi", ça ne sonne pas terrible) puis retourne au
monastère (le même que la dernière fois, voir ici),
toujours aussi beau mais presque débarrassé de ses touristes puisque je
semble être la seule à venir troubler l'atmosphère dévote qui plane sur
le monastère.
L'ambiance qui y règne ce jour-là est assez
radicalement différente de l'agitation bruyante des touristes de la
dernière fois. Le ciel est nuageux et seuls les croassements des corneilles mantelées
troublent la chape de silence qui recouvre l'enceinte monastique. Des
femmes coiffées de foulards et des hommes enveloppés dans de longs
habits noirs se déplacent sans un bruit, s'arrêtant parfois devant les
icônes et les édifices religieux pour y faire le triple signe de croix
qui semble être de rigueur dans la religion orthodoxe.
Me
sentant comme un cayou dans une chaussure, je pris le plus
discrètement possible quelques photos et repartis à la nuit tombante.
En sortant du monastère, j'aperçus trois personnes pieusement
occupées à baiser les pieds de Saint Serge dont certaines scènes de la
vie sont représentées par des icônes peintes sur le mur. Ce genre de
scène est assez courante ici et je dois dire qu'en France, on voit assez
rarement autant de dévotion.
Sur le chemin du retour, je croisai
deux individus complètement ivres sur la place qui s'étend devant le
monastère. Je repassai ensuite par la "galerie à touristes" de la
dernière fois et fus un peu surprise: il y a apparemment eu un gros
incendie qui a réduit une bonne partie des baraques en cendres.
Spectacle un peu tristounet de voir des morceaux de matriochkas à
moitié brûlées.
Quand je débouchai de la galerie noircie, un homme à qui il manquait une jambe achetait des
pirojki et lorsque j'arrivai à la gare, je vis un jeune tellement ivre
qu'il ne pouvait se déplacer qu'accroupi en s'aidant d'un bâton. Il a
bien mis 10 minutes à traverser la voie ferrée et je ne pouvais
m'empêcher de craindre qu'un train arrive à ce moment-là.
En
dehors de ce côté tout à fait lugubre, j'ai réussi à tenir
une conversation pas trop compliquée avec une dame d'un
certain âge très gentille pendant la demi-heure d'attente avant l'arrivée de mon train.
Et il y a aussi les babouchki que je trouve très attachantes. Les contacts avec elles sont systématiquement attendrissants et touchants même s'ils ont tendance à me fendre le coeur.
Les petites mères vendent les légumes biscornus et pleins de terre qu'elles ont généralement cultivés elles-mêmes en vous souriant à qui mieux mieux de leurs bouches édentées. Même si elles n'ont généralement pas grand chose vu le montant des retraites en Russie, elles n'hésitent pas à vous faire un rabais de 25% simplement parce que le légume que vous prenez présente un coup. Et quand vous achetez quelque chose à l'une d'entre elles, vous vous sentez obligé(e) de prendre aussi une bricole à ses deux voisines qui vous proposent de vilains légumes pour un prix dérisoire mais vous savez que ces produits de la terre seront délicieux. Enfin, c'est un peu difficile à décrire, excusez-moi si mon essai d'explication est tortueux.
En conclusion de cette sortie, l'ensemble de mon deuxième tour là-bas a révélé une facette bien différente de la ville, qui a enlevé cette fois-ci le costume qu'elle revêt pour les touristes. Et, bien qu'ayant eu des côtés un peu sinistres, cette balade m'a montré ce que je pense être le vrai visage de cette ville: un endroit où se côtoient les hommes ivres sans travail et la population active, où les plus pauvres vivent à deux pas des énormes maisons de brique des nouveaux riches et où les anciens voient tous les jours les jeunes russes revenir de Moscou avec tout leur attirail clinquant et leurs faux vêtements de luxe...
Epilogue: nous ne sommes finalement pas allés à Pereslav aujourd'hui parce qu'il fallait partir à 6h30 et que c'était trop tôt pour certains Français. Je m'en fous, j'irai le week-end prochain avec le seul Français qui n'ait pas peur de son réveil.
Edit: je vous préviens dès que les photos de cette balade sont en ligne (elles seront dans l'album "Serguiev Possad" existant).
16 septembre 2006
Serguiev Possad
Ah, que ça fait du bien de sortir de Moscou et de voir la "campagne" (c'est quand même pas la Sibérie non plus mais c'est toujours beaucoup moins citadin que Moscou) et les datchas (maisons de campagne russes). Avec Mathieu, Olivier et Diane (3 Français de la résidence), je suis partie vers 10h le 16/09/06. Après 30 minutes de métro, 10 minutes de photos à la sortie du métro, 10 minutes pour trouver le bon bus, 20 minutes à attendre le-dit bus, j'ai quitté Moscou vers 11h direction la petite ville de Serguiev Possad (plus de 100 000 habitants tout de même à ce qu'il paraît mais le peu qu'on en a vu donne une impression de village) à 71 km au nord-est de Moscou. J'ai passé une demi-heure dans les bouchons pour sortir de Moscou et après, une heure et demie de bus en comptant ses nombreux arrêts au milieu de nulle part.
Sur la route, d'immenses forêts de pins ou de bouleaux et des champs, de la campagne parsemée ça et là de maisonnettes en bois multicolores qui comportent de petits jardinets avec souvent de très vieux monsieurs à casquette et bretelles ou de très vieilles dames à foulards fleuris et vêtements colorés qui bêchent avec leur chèvre ou leur chien à côté d'eux. Vision de la Russie fort différente de Moscou !
Je suis arrivée vers 13h en face de la gare de Serguiev Possad avec au loin le monastère (la Laure de la Trinité-Saint-Serge de son nom complet, site inscrit au Patrimoine de l'Unesco depuis 1993) et ses coupoles bleu-roi étoilées d'or ou intégralement dorées qui se découpent sur le ciel nuageux. Wahou, que c'est beau !
En sortant du bus, j'ai eu un léger choc thermique puisqu'à Moscou, il faisait à peu près 13° mais l'air campagnard ne devait pas dépasser les 3 à 4° avec en prime un vent glacial. A vrai dire, je me suis un peu gelée même si je m'étais bien habillée.
Après, j'ai passé 2 à 3 heures dans l'enceinte du fort beau monastère. Difficile de décrire ce que j'ai vu là-bas : c'était blanc immaculé, doré, bleu ciel, bleu turquoise, bleu roi, rose, jaune, fleuri, herbu, plein d'icônes, de fresques, de pigeons, de moineaux, de moines, de popes, de fidèles et de touristes (curieux mélange d'ailleurs entre les touristes et les croyants... pas forcément très heureux, l'intérieur de certaines églises a été transformé en boutiques de souvenirs et d'attrape-touristes, c'est dommage à mon avis).
Ensuite, affamés et gelés, nous avons tous les quatre acheté des beignets à la pomme-de-terre, à la viande ou au fromage. Nous sommes ensuite retournés à la gare pour voir quels étaient les horaires des trains pour Moscou et pour acheter nos billets.
Après, on a un peu flâné au milieu du marché puis on s'est lancé à la quête d'un café (besoin d'un thé chaud) qui comporterait des toilettes. On a donc déniché un petit café correspondant à nos attentes. Après ça, nous sommes retournés à la gare, avons loupé un train (pas grave, le suivant était 10 minutes après).
Une heure et demie de train, de vibrations, de grincements et de bruits en tout genre plus tard, nous sommes arrivés à la gare de Iaroslav (c'est son nom) de Moscou. A la sortie de la gare, nous avons débouché sur la "place des gares" sur laquelle il y a aussi la gare de Kazan et la gare de Léningrad (St Pétersbourg). Là encore, petite visite des gares qui, étant moscovites, sont monumentales. Enfin, nous avons repris le métro à Komsomolskaya qui est censée être la plus belle station de métro de Moscou et il paraît aussi que c'était la préférée de Staline. C'est vrai qu'elle est assez impressionnante.
Enfin, retour dans mon home sweet home vers 20h épuisée et la tête pleine des promesses de trésors que renferme la Russie.
Remarque
Le terme de "Laure", d'origine grecque, signifie "principal" et désigne par extension les monastères les plus importants de la religion orthodoxe.
Quelques mots sur la ville de Serguiev Possad
Cette ville, qui s'appelait Zagorsk à l'époque soviétique, est un haut lieu de culte depuis le XIVe
siècle et son monastère est considéré comme le coeur de l'orthodoxie russe
car il a été fondé par Saint Serge de Radonège, Saint Patron de la Russie. Le monastère acquiert le
statut de Laure au XVIe siècle quand Ivan le Terrible y fit ajouter un ensemble grandiose de cathédrales
et de chapelles blotties dans un mur d'enceinte blanc. La Laure de la Trinité-Saint-Serge domine depuis lors la cité
sur la colline de Makovets.
Serguiev Possad (le faubourg de Serge) fait partie de l'Anneau d'Or, ensemble constitué par plusieurs villes
princières, situées autour de la capitale russe et contenant des joyaux architecturaux.
Edit: les photos de cette balade sont disponibles ici.

















